Bitcoin : or numérique ou simple bulle spéculative ?

Auteur: Yanis, gérant de capital chez Axone Capital

2026-06-29 · 7 min de lecture

Le halving rend Bitcoin de plus en plus rare mécaniquement. Mais est-ce vraiment une réserve de valeur comme l'or, ou juste un pari spéculatif ? Ce que l'histoire des halvings nous dit vraiment.

L'analyse : une rareté programmée dans le code

Il existe peu d'actifs aussi polarisants que Bitcoin. Pour certains, c'est la révolution monétaire du siècle, un "or numérique" qui protégera des faillites des banques centrales. Pour d'autres, c'est la bulle la plus absurde de l'histoire financière — un fichier informatique qui ne produit rien, ne génère aucun flux, et ne repose que sur la conviction collective qu'il vaut quelque chose.

La réalité, comme souvent, est plus nuancée. Et pour la comprendre, il faut d'abord comprendre le halving.

Bitcoin a été conçu par Satoshi Nakamoto avec une règle inscrite dans son code : il n'existera jamais plus de 21 millions de BTC. Actuellement, environ 19,7 millions sont en circulation (2024). Les 1,3 millions restants seront émis progressivement par les mineurs — les participants qui sécurisent le réseau en résolvant des calculs complexes.

Toutes les 210 000 blocs (environ 4 ans), la récompense accordée aux mineurs est divisée par deux. C'est le halving. Au lancement en 2009, les mineurs recevaient 50 BTC par bloc. Après le halving de 2012 : 25 BTC. Après 2016 : 12,5. Après 2020 : 6,25. Après avril 2024 : 3,125 BTC. En 2028, ce sera 1,5625.

Le rythme d'émission de nouveaux BTC ralentit mécaniquement, jusqu'à l'arrêt total vers l'an 2140. Bitcoin est l'unique actif dont la politique monétaire est entièrement prévisible et immuable, gravée dans le code pour les 120 prochaines années.

Les halvings de Bitcoin — chiffres clés

  • 2012 : halving à 25 BTC/bloc → prix passe de ~12 $ à ~1 150 $ en un an (+9 500 %)
  • 2016 : halving à 12,5 BTC/bloc → bull run jusqu'à ~20 000 $ fin 2017
  • 2020 : halving à 6,25 BTC/bloc → record à ~69 000 $ en novembre 2021
  • 2024 : halving à 3,125 BTC/bloc (avril 2024) → prix ~65 000 $ au moment du halving
  • Supply : ~19,7 M BTC en circulation sur 21 M maximum

L'anecdote : deux pizzas pour 10 000 BTC

Le 22 mai 2010, un développeur américain nommé Laszlo Hanyecz réalise ce qui deviendra la première transaction commerciale documentée en Bitcoin. Il propose sur le forum BitcoinTalk de payer 10 000 BTC à quiconque lui livrera deux pizzas. Un autre utilisateur accepte, commande les pizzas chez Papa John's pour 25 dollars, et reçoit les 10 000 BTC.

À l'époque, cela représentait environ 0,25 dollar par BTC. En 2021, au pic à 69 000 dollars, ces 10 000 BTC auraient valu 690 millions de dollars. Aujourd'hui, autour de 60 000 dollars, ils représentent encore ~600 millions.

La communauté Bitcoin célèbre chaque année le 22 mai le "Bitcoin Pizza Day" — à la fois une blague et un rappel vertigineux de la trajectoire d'un actif que personne n'avait vraiment pris au sérieux les premières années.

Hanyecz, lui, n'a aucun regret. "J'étais heureux de contribuer à l'adoption", dit-il. Et il avait raison à sa façon : la transaction a prouvé que Bitcoin pouvait servir à acheter quelque chose de réel.


Le fait historique : la corrélation halving-bull run

Les trois premiers halvings ont chacun été suivis d'un cycle haussier majeur avec un délai de 12 à 18 mois. Le modèle est simple à comprendre : si la demande reste stable et que l'offre nouvellement émise est divisée par deux, le prix doit théoriquement s'ajuster à la hausse pour maintenir l'équilibre.

C'est le fameux modèle Stock-to-Flow de l'analyste pseudonyme PlanB, qui a fait sensation entre 2019 et 2021 en prédisant le pic à 100 000 dollars. Ce modèle n'a pas tenu — Bitcoin n'a pas dépassé 69 000 dollars lors du cycle 2020-2021 — mais il a popularisé la réflexion sur Bitcoin comme actif "rare".

Ce qui complique l'équation : les halvings précédents ont eu lieu dans un marché crypto beaucoup moins mature. En 2012, Bitcoin était confidentiel. En 2016, les institutionnels n'investissaient pas encore. Depuis 2024, les ETF Bitcoin spot existent aux États-Unis, des fonds pension commencent à y investir, et des entreprises cotées en bourse comme MicroStrategy détiennent des BTC comme réserve de trésorerie.

L'offre nouvellement émise — aujourd'hui autour de 900 BTC par jour, contre 1 800 avant le halving 2024 — peut désormais être absorbée par des flux institutionnels. L'équation a changé.


Le concept : or numérique ou dette envers le futur ?

L'analogie avec l'or est séduisante : offre limitée, résistance à la censure, absence d'émetteur central. Bitcoin partage ces propriétés.

Mais l'or a 5 000 ans d'histoire comme réserve de valeur. Il est utilisé dans l'industrie, la joaillerie, les banques centrales. Bitcoin a 15 ans et reste essentiellement utilisé comme actif spéculatif ou réserve de valeur pour les convaincus.

La vraie question n'est pas "est-ce que Bitcoin monte ?" — il a manifestement monté. La question est : dans quelle catégorie d'actif le ranger ? Valeur refuge (comme l'or), actif spéculatif à haut risque, ou infrastructure technologique monétaire ? La réponse détermine quelle fraction (si aucune) lui consacrer dans un portefeuille.

La méthode Axone : on ne spécule pas sur les convictions, on gère les positions. Taille de position adaptée au risque, stop-loss défini avant d'entrer — les principes macro et techniques s'appliquent à Bitcoin comme à n'importe quel actif. L'enthousiasme et la peur ne remplacent pas la gestion du risque.

Ce n'est ni de l'or, ni une fraude. C'est un actif à part entière — avec ses règles propres.

Article publié sur Axone Capital — gestion de capital, analyse macro et trading par Yanis.