C'est quoi le tracking error et comment bien choisir son ETF ?

Auteur: Yan Chan, gérant de capital chez Axone Capital

2026-10-06 · 7 min de lecture

Quand vous achetez un ETF censé répliquer le S&P 500, vous supposez qu'il fait exactement ce que l'indice fait. En réalité, ce n'est jamais parfaitement le cas. Le tracking error mesure cet écart — et certains ETF s'en sortent bien mieux que d'autres.

L'analyse : pourquoi votre ETF ne suit pas parfaitement son indice

Imaginez acheter un miroir qui déforme légèrement votre reflet. C'est un peu ce qui se passe avec les ETF.

Un ETF (Exchange Traded Fund) promet de répliquer fidèlement la performance d'un indice — le CAC 40, le S&P 500, le MSCI World. Mais en pratique, la performance de l'ETF diffère toujours légèrement de celle de l'indice. Cet écart s'appelle le tracking error (ou erreur de suivi).

Le tracking error se mesure comme la volatilité annualisée de la différence de rendement entre l'ETF et son indice. Plus il est élevé, plus l'ETF dévie de manière imprévisible. Un ETF avec un tracking error de 0,1 % suit son indice quasi parfaitement ; un tracking error de 2 % signifie que l'ETF peut sur- ou sous-performer l'indice de façon significative et aléatoire.

On distingue deux notions voisines mais distinctes :

  • Tracking difference : l'écart cumulé de performance sur une période donnée (ex. : l'ETF a fait 9,8 % sur un an alors que l'indice a fait 10,0 % → tracking difference de -0,2 %). C'est la mesure de ce que vous "payez" réellement.
  • Tracking error : la volatilité de cet écart dans le temps. Un ETF peut avoir une bonne tracking difference (il reste proche de l'indice en moyenne) mais une tracking error élevée (l'écart fluctue beaucoup).

Pour un investisseur passif de long terme, la tracking difference est souvent plus importante que le TER (Total Expense Ratio, les frais annuels affichés). Pourquoi ? Parce que le TER ne tient pas compte de toutes les sources de coûts : frais de transaction, impôts sur dividendes, optimisation des prêts de titres. Certains ETF affichent un TER de 0,07 % mais une tracking difference de 0,30 %, pendant que d'autres affichent un TER similaire avec une tracking difference de seulement 0,05 %.


Le fait historique : John Bogle et la révolution du bas coût

En 1975, John Bogle fonde Vanguard et lance le premier fonds indiciel ouvert au grand public. L'idée paraît simple, presque ridicule : au lieu de payer des gérants pour "battre le marché", achetez simplement le marché lui-même. Moins de frais, moins de trading, moins d'erreurs humaines.

Les résistances sont féroces. Fidelity, le géant des fonds gérés activement, nomme le projet "l'anti-américanisme" — prétendre qu'on ne peut pas battre le marché, c'est attaquer le rêve américain de la performance.

Cinquante ans plus tard, Vanguard gère plus de 9 000 milliards de dollars. Et les chiffres ont donné raison à Bogle : sur 20 ans, plus de 90 % des fonds gérés activement sous-performent leur indice de référence — précisément à cause de leurs frais élevés.

Ce que Bogle cherchait à minimiser, c'était exactement la tracking difference : un écart minuscule, répété chaque année, qui finit par coûter des dizaines de milliers d'euros sur un portefeuille de long terme.

Chiffres clés — Tracking error : les ordres de grandeur

  • Meilleurs ETF sur le S&P 500 (ex. iShares Core, Vanguard) : tracking difference annuelle de 0,02 à 0,07 %
  • ETF sur indices émergents : tracking difference typique de 0,5 à 1,5 %, à cause de la complexité de réplication
  • Impact en 20 ans : une tracking difference de 0,5 %/an sur 100 000 € réduit votre capital final d'environ 9 000 € (à 7 % de rendement annuel brut)
  • Prêt de titres : certains ETF prêtent leurs actions à des vendeurs à découvert et reversent les revenus aux investisseurs, réduisant ainsi leur tracking difference en dessous de zéro — l'ETF bat légèrement l'indice

L'anecdote : le choc de liquidité de mars 2020

Mars 2020. Les marchés s'effondrent en quelques jours. Le S&P 500 perd 30 % en un mois. Dans ce chaos, quelque chose d'étrange se produit.

Plusieurs ETF obligataires cotent en dessous de la valeur nette de leurs actifs (NAV). En théorie, c'est impossible : le mécanisme de création/rachat des ETF est censé maintenir le prix aligné sur la valeur réelle. Mais les teneurs de marché, submergés par les ordres, ne peuvent plus assurer leur rôle d'arbitragistes. L'écart entre le prix de l'ETF et la NAV atteint parfois 4 à 5 %.

Ce jour-là, les investisseurs qui ont vendu leurs ETF en panique ont réalisé une perte supplémentaire de 4 % par rapport à la valeur réelle des actifs sous-jacents — simplement parce qu'ils ont mal compris la mécanique de l'ETF dans les marchés extrêmes.

La leçon : le tracking error "normal" est une petite nuisance. Mais en période de stress, même les meilleurs ETF peuvent dévier temporairement. C'est une des raisons pour lesquelles les investisseurs avisés évitent de vendre en plein krach.


Le concept : comment choisir un ETF sur la tracking difference plutôt que sur le TER

Voici la méthode pour comparer des ETF sur le même indice :

1. Regardez la tracking difference sur 3 ans, disponible sur justETF.com ou sur le site de l'émetteur. C'est le vrai coût réel.

2. Méfiez-vous des ETF synthétiques sur les marchés émergents ou complexes. Ils peuvent offrir un meilleur suivi en temps normal mais exposent à un risque de contrepartie si la banque derrière le swap défaille.

3. Vérifiez la taille (AUM) : un ETF avec moins de 100 millions d'euros d'actifs est moins liquide et potentiellement moins efficace dans sa réplication.

4. Regardez la politique de prêt de titres : un ETF qui prête ses titres et reverse les revenus peut afficher une tracking difference légèrement négative — ce qui est en fait un avantage pour l'investisseur.

Sur des indices simples comme le MSCI World ou le S&P 500, les écarts entre ETF sont minuscules. Mais sur les marchés émergents, les obligations ou les indices thématiques, la différence peut atteindre plusieurs dixièmes de pour cent par an — ce qui compte énormément sur 20 ans.

Le bon réflexe : avant d'acheter un ETF, comparez la *tracking difference annuelle réelle* plutôt que le TER affiché. Ce petit effort peut valoir des milliers d'euros sur la durée.


Chez Axone, on répète souvent que les petits frais invisibles sont l'ennemi silencieux de la performance. Comprendre le tracking error, c'est commencer à voir ces coûts pour ce qu'ils sont : des fuites dans votre capital, lentes mais constantes. Colmatez-les en choisissant mieux vos ETF.

Article publié sur Axone Capital, gestion de capital, analyse macro et trading par Yan Chan.