C'est quoi un super cycle économique ?
Auteur: Yan Chan, gérant de capital chez Axone Capital
· 3 min de lecture
Les super cycles économiques durent des décennies. Comprendre où on en est peut changer toute ta stratégie d'investissement.
Version audio : Écouter ce rapport (MP3), 3:49
Ici Axone Capital, comprends le système, pas juste le graphique. Il existe des forces économiques qui s'étendent sur 30, 50, parfois 100 ans, et si tu les ignores, tu investis à contre-courant de l'Histoire.
Les super cycles : l'horloge lente de l'économie
La plupart des investisseurs pensent en trimestres, parfois en années. Les banques centrales pensent en cycles de 5 à 10 ans. Mais il existe une autre horloge, plus lente, plus puissante, que peu de gens regardent vraiment : les super cycles économiques.
Un super cycle, c'est une tendance longue durée, généralement 20 à 50 ans, qui structure l'ensemble d'une économie : les prix des matières premières, les taux d'intérêt, la croissance démographique, l'innovation technologique. Ces cycles ne se voient pas dans les chiffres du mois. Ils se mesurent en générations.
L'économiste russe Nikolai Kondratieff a été le premier, dans les années 1920, à documenter des cycles économiques de 50 à 60 ans. Il a étudié les prix des matières premières, les salaires, les taux d'intérêt en Europe et aux États-Unis depuis le 18e siècle, et identifié une structure répétitive : expansion, stagnation, contraction, reprise.
On appelle ces vagues des "ondes de Kondratieff". Et bien qu'elles ne soient pas d'une précision horlogère, l'économie n'est pas une formule mathématique, elles capturent quelque chose de réel : les grands cycles de l'humanité.
L'anecdote : le pétrole et les années 70
Dans les années 1960, l'économie mondiale tourne à plein régime. Les États-Unis sortent de la Seconde Guerre mondiale en position dominante. Le dollar est la monnaie de réserve mondiale. Les matières premières sont abondantes. Le baby-boom alimente la consommation. Tout le monde pense que la croissance est permanente.
Puis vient le choc de 1973. Les pays de l'OPEP décrètent un embargo pétrolier. Le prix du pétrole quadruple en quelques mois. L'inflation explose. La croissance s'effondre. Les années 70 sont une décennie de stagflation, croissance faible et inflation élevée, que personne n'avait vue venir.
Ce que peu de gens réalisent, c'est que c'était une transition de super cycle. L'Occident avait épuisé la phase d'expansion bon marché de l'après-guerre. La dépendance aux matières premières fossiles, la fin de l'étalon-or (1971), l'essoufflement de la croissance de productivité, tout ça se cristallisait.
La prochaine phase d'expansion a commencé dans les années 1980 avec la désinflation, la mondialisation et la révolution technologique. Et elle a duré jusqu'à... maintenant ? La question est ouverte.
Où en sommes-nous aujourd'hui ?
C'est la question à 10 000 milliards de dollars.
Plusieurs signaux suggèrent qu'un tournant de super cycle est possible :
La démographie : le baby-boom vieillit. Les économies développées font face à une pression démographique sans précédent, moins de travailleurs, plus de retraités, plus de dépenses sociales.
La dette : les niveaux d'endettement public et privé dans les pays développés atteignent des records historiques. La dette, c'est de la croissance future empruntée au présent. À un moment, la facture arrive.
Les matières premières : après une décennie de sous-investissement (2015-2023), les capacités de production de cuivre, lithium, pétrole, gaz sont insuffisantes pour soutenir une économie qui se veut verte et digitale. Les super cycles des matières premières sont bien documentés, et celui-ci commence à peine.
La géopolitique : la mondialisation se fragmente. Les chaînes d'approvisionnement se relocalisent. Le dollar comme monnaie de réserve unique est contesté. Ce sont des signaux de transition structurelle.
Ce que ça change pour investir
Si nous entrons dans une phase de super cycle inflationniste après 40 ans de désinflation, alors la stratégie gagnante des 40 dernières années, obligations d'État, croissance américaine, actifs papier, pourrait sous-performer.
Les actifs qui ont historiquement bien performé en période de super cycle de matières premières et d'inflation : l'or, les matières premières, l'énergie, l'immobilier tangible, certains marchés émergents.
Ce n'est pas une certitude. Les super cycles ne se prédisent pas avec précision. Mais les ignorer, c'est naviguer sans boussole.
Comprendre ces grandes tendances, c'est une partie de ce qu'on fait chez Axone Capital, pour investir avec le vent dans le dos, pas contre lui.