Comment profiter d'une hausse des taux d'intérêt en tant qu'investisseur ?

Auteur: Yan Chan, gérant de capital chez Axone Capital

2026-08-01 · 7 min de lecture

Quand les taux montent, les marchés tremblent, mais certains investisseurs en profitent. Obligations court terme, fonds monétaires, actions value : voici comment lire un environnement de taux hauts et le transformer en avantage, avec les leçons de Volcker en 1981 et de la Fed en 2022-2023.

L'analyse : quand les taux montent, tout change, mais pas dans le sens qu'on croit

La hausse des taux d'intérêt est souvent présentée comme une catastrophe pour les investisseurs. Et à court terme, c'en est une : les actions chutent, les obligations existantes perdent de la valeur, l'immobilier se contracte. Pourtant, certains gérants gagnent très bien leur vie dans ces environnements. La différence ? Ils comprennent ce que les taux signalent et où chercher les opportunités.

Quand une banque centrale relève ses taux directeurs, comme la Fed le fit de 0,25 % à 5,5 % entre mars 2022 et juillet 2023, l'objectif est de renchérir l'emprunt pour refroidir l'inflation. L'effet sur les marchés est immédiat. Le taux sans risque monte : celui qu'on obtient en prêtant à l'État sans prendre le moindre risque. Mécaniquement, toute autre classe d'actifs doit alors offrir un rendement plus élevé pour justifier son risque. Les actions baissent. Les cryptos plongent. L'immobilier ralentit.

Mais cette période de douleur crée aussi des opportunités bien réelles.

Les obligations nouvellement émises offrent des coupons nettement supérieurs aux anciennes. Les bons du Trésor américain à 10 ans, qui rapportaient 1,5 % en 2021, grimpaient à plus de 5 % en 2023, du jamais-vu depuis 2007. Pour un investisseur qui se positionnait à ce moment précis, c'était une aubaine.

Les fonds monétaires, SICAV et ETF investis en dette court terme, devenaient subitement rentables après des années à zéro. En Europe, les livrets réglementés ont suivi, mais avec du retard et un plafond. Les investisseurs qui avaient accès aux instruments non plafonnés ont capté des rendements de 4 à 5 % sans risque de duration.

Les actions de type "value", banques, assureurs, entreprises peu endettées, surperforment souvent les actions de croissance en période de taux hauts. Un environnement de taux élevés favorise les bilans solides. Les banques voient leur marge d'intérêt s'élargir. Les entreprises sans dette n'ont pas à refinancer à des conditions dégradées.

Ce qui monte (ou résiste) quand les taux montent

  • Obligations court terme : le coupon monte quasi immédiatement
  • Fonds monétaires : enfin rémunérateurs après des années à zéro
  • Actions financières : les banques profitent des marges d'intérêt élargies
  • Actions "value" : moins sensibles aux révisions de valorisation
  • Dollar : attire les capitaux étrangers en quête de rendement

L'anecdote : le gérant qui a acheté des obligations en octobre 2023

En octobre 2023, alors que le consensus boursier parlait de récession imminente et que les indices actions vacillaient, un gérant de fonds américain commençait à constituer massivement des positions en obligations du Trésor à 10 et 30 ans. Le rendement du 10 ans touchait 5 %, un niveau plus vu depuis 2007. Ses clients étaient sceptiques.

"Pourquoi acheter des obligations qui ont perdu 20 % en deux ans ?"

Sa réponse était directe : "Parce que quand les taux redescendront, et ils redescendront, ces obligations-là vont s'apprécier autant qu'elles ont baissé. Je n'achète pas l'obligataire pour le coupon. J'achète l'anticipation d'un pivot."

En 2024-2025, quand la Fed a effectivement commencé à baisser ses taux, ses positions obligataires longues ont surperformé l'indice actions. L'asymétrie était là : peu de risque de voir les taux monter encore beaucoup, beaucoup de potentiel à la baisse. Il n'avait pas eu de chance. Il avait eu de la méthode.


Le fait historique : 1979-1982, le grand choc Volcker

L'exemple le plus radical de hausse de taux de l'histoire moderne reste le "Volcker shock". Paul Volcker, nommé à la tête de la Fed en 1979, hérite d'une inflation dépassant 13 %. Sa réponse : relever les taux directeurs jusqu'à 20 % en juin 1981.

Le résultat à court terme fut brutal : deux récessions consécutives, un chômage grimpant à 10,8 %, un marché immobilier à l'arrêt complet. Les marchés actions plongèrent.

Mais les investisseurs qui avaient acheté des obligations d'État en 1981, au plus fort de la panique, ont réalisé des rendements extraordinaires dans les années suivantes. Le 30 ans américain rapportait 15 % par an, coupon fixé. Quand les taux sont redescendus dans les années 1990, le prix de ces obligations s'est envolé. Ceux qui avaient tenu leurs positions s'en sont sortis avec des gains à deux chiffres annualisés pendant dix ans.

La leçon de Volcker : ce qui est le plus douloureux à court terme peut être le meilleur investissement à moyen terme, si on se positionne là où le rendement est maximal, pas là où c'est confortable.

Le concept : le taux d'actualisation, clé de tout

Pour comprendre pourquoi les actifs baissent quand les taux montent, il faut maîtriser un concept fondamental de finance : le taux d'actualisation.

Tout actif financier, une action, une obligation, un immeuble, vaut la valeur actuelle de ses flux futurs (dividendes, coupons, loyers). Pour calculer cette valeur actuelle, on "actualise" ces flux : on les ramène à aujourd'hui en les divisant par un taux qui reflète le coût d'opportunité de l'argent. Plus ce taux est élevé, moins un euro futur vaut cher aujourd'hui.

Si le taux sans risque passe de 1 % à 5 %, le taux d'actualisation monte. Mécaniquement, la valeur actuelle de *tous* les flux futurs baisse. C'est la raison pour laquelle les actions de croissance, dont la valeur repose sur des profits très lointains, sont les plus sensibles aux hausses de taux. Un flux prévu dans dix ans vaut beaucoup moins actualisé à 5 % qu'à 1 %.

Comprendre ce mécanisme, c'est aussi comprendre pourquoi un retournement des taux peut déclencher un rebond violent de ces mêmes actifs, et pourquoi il faut être positionné *avant* ce retournement pour en profiter pleinement.

L'investisseur qui se repositionne après la baisse des taux confirme achète les opportunités au prix fort. Celui qui lit le contexte en avance, comprend les signaux de la banque centrale, observe la dynamique de l'inflation, suit la courbe des taux, peut se placer avant que la rotation ne soit visible dans les cours.


La leçon Axone

La hausse des taux n'est pas une punition uniforme. C'est un rééquilibrage, et dans tout rééquilibrage, des actifs perdent pendant que d'autres gagnent.

La clé est de comprendre le bon moment de la transition, et de garder la discipline d'y rester positionné quand c'est inconfortable. Pas de formule magique ici, pas de raccourci : c'est la lecture macro (quelle est la trajectoire des taux ?), la lecture technique (où en est le marché dans sa correction ?), et le mindset (est-ce que je vends au pire moment par peur, ou est-ce que je m'y tiens parce que le raisonnement est solide ?).

Méthode Axone. Macro · Technique · Mindset.

Article publié sur Axone Capital, gestion de capital, analyse macro et trading par Yan Chan.