La corrélation actions-obligations : pourquoi 2022 a tout brisé ?
Auteur: Yan Chan, gérant de capital chez Axone Capital
· 4 min de lecture
En 2022, actions ET obligations ont chuté en même temps, cassant 40 ans de sagesse conventionnelle. Voici pourquoi, et ce que ça change pour votre portefeuille.
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Ici Axone Capital, comprends le système, pas juste le graphique. Il y a une certitude que presque tous les investisseurs avaient intégrée comme une vérité, et 2022 a montré qu'elle peut se briser.
La règle d'or brisée
Pendant 40 ans, les gérants de portefeuille vivaient avec une certitude : quand les actions baissent, les obligations montent. Et quand les actions montent, les obligations protègent un peu moins, mais au moins elles ne tombent pas avec.
Cette corrélation négative, l'idée que les deux classes d'actifs se comportent à l'opposé l'une de l'autre, était le fondement de tout portefeuille institutionnel sérieux. C'est ce qui justifiait le fameux portefeuille 60/40 : 60 % en actions pour la croissance, 40 % en obligations pour absorber les chocs. Des milliers de milliards de dollars ont été gérés sur ce principe pendant des décennies.
Puis 2022 est arrivé.
L'anecdote : l'année où tout a chuté ensemble
En 2022, le S&P 500 a perdu environ 18 %. Les marchés européens ont suivi. Les marchés émergents également. Jusqu'ici, c'est une correction douloureuse mais pas exceptionnelle, les marchés baissent régulièrement.
Ce qui était véritablement exceptionnel, c'est que les obligations d'État américaines à 10 ans ont perdu environ 17 % la même année. Les obligations long terme américaines ont chuté de plus de 30 %. Les obligations d'État anglaises ont connu leur pire performance depuis des décennies. Même les obligations réputées "sûres" de l'Allemagne ont fortement baissé.
Pour la première fois depuis les années 1970, le portefeuille 60/40 n'avait pas joué son rôle de protection. Les deux jambes du portefeuille traditionnel s'étaient effondrées en même temps.
La question que tout le monde s'est posée : comment est-ce possible ?
La mécanique : pourquoi la corrélation s'est inversée
La corrélation négative actions-obligations fonctionne dans un régime très spécifique : une inflation basse et prévisible. Dans ce contexte, les crises sont généralement des crises de croissance, une récession, une panique financière. Quand la croissance ralentit, les banques centrales baissent les taux pour relancer l'économie. Cette baisse des taux fait mécaniquement monter le prix des obligations existantes, et compense la baisse des actions.
Mais 2022, c'était une crise d'un type radicalement différent : une crise d'inflation massive.
L'inflation américaine a atteint 9 % en juin 2022, son plus haut niveau depuis 40 ans. La Réserve fédérale n'avait pas d'autre choix que de monter ses taux à grande vitesse : 425 points de base en moins d'un an. Et quand les taux montent, le prix des obligations existantes chute mécaniquement. Les obligations, au lieu d'amortir la chute des actions, ont amplifié les pertes.
Dans un régime d'inflation forte, la corrélation actions-obligations s'inverse : les deux actifs souffrent des mêmes forces. La diversification classique ne protège plus.
La leçon historique : les années 1970 avaient déjà montré ça
Ce phénomène n'était pas nouveau. Dans les années 1970, la stagflation américaine, combinaison d'inflation élevée et de croissance faible, avait déjà frappé simultanément les actions et les obligations. Le choc pétrolier de 1973, puis celui de 1979, avait alimenté une inflation qui a détruit le pouvoir d'achat des deux classes d'actifs à la fois.
Les seuls actifs qui avaient résisté sur cette période ? L'or, le pétrole, les matières premières, ce qu'on appelle les "actifs réels", dont la valeur tend à monter avec les prix.
C'est précisément là qu'intervient la méthode Macro · Technique · Mindset d'Axone : avant de choisir ce que vous achetez, comprendre le régime macroéconomique dans lequel vous évoluez change absolument tout à votre stratégie. Un portefeuille pertinent en régime de faible inflation peut être contre-productif en régime inflationniste.
Ce que ça change concrètement
2022 ne signe pas l'arrêt de mort des obligations dans un portefeuille diversifié. Dans la majorité des scénarios, récession sans inflation forte, déflation, crise de liquidité, elles remplissent toujours leur rôle d'amortisseur.
Mais cet épisode vous oblige à poser une question supplémentaire avant de construire votre portefeuille : dans quel régime macroéconomique sommes-nous ? Est-ce un régime proche des années 2010, avec une inflation basse et des banques centrales accommodantes, où les obligations protègent efficacement ? Ou un régime proche de 2022, avec une inflation structurellement plus élevée et des banques centrales contraintes de durcir, où les obligations deviennent vulnérables ?
La réponse à cette question modifie profondément la composition optimale d'un portefeuille. Et c'est précisément ce type d'analyse macro continue que nous pratiquons chez Axone Capital.
La diversification reste une règle fondamentale, mais une diversification mécanique, sans lire le régime dans lequel on évolue, peut donner une fausse sécurité. Comprends le système. Pas juste l'actif.