Dollar faible : qui gagne et qui perd quand le billet vert recule ?

Auteur: Yan Chan, gérant de capital chez Axone Capital

2026-10-19 · 5 min de lecture

Quand le dollar baisse, tout le monde ne perd pas. Le dollar australien en profite, les géants américains aussi. Voici le pari de Lloyds sur l'AUD/USD et le lien méconnu entre dollar faible et transfert de bénéfices.

L'analyse : un dollar qui baisse fait des gagnants

Une monnaie ne baisse jamais seule : elle baisse face à une autre. Si le dollar américain recule, quelqu'un, en face, monte. La vraie question est donc : qui se trouve de l'autre côté ?

Début octobre 2026, plusieurs grandes banques parient sur la fin du dollar fort. Standard Chartered l'écrit dans une note du 5 octobre : « we expect the USD to peak soon » (le dollar devrait bientôt plafonner). Lloyds Bank, elle, a choisi une autre voie : acheter le dollar australien.

Lire une paire de devises

À 0,70, l'AUD/USD signifie qu'un dollar australien vaut 70 centimes de dollar américain. Si le dollar américain baisse, ce chiffre monte.

Pourquoi l'australien ? C'est une devise de matières premières, très liée aux exportations de minerai et à l'économie chinoise. Elle a tendance à monter quand le dollar faiblit et quand les investisseurs reprennent goût au risque. Acheter l'AUD/USD, c'est donc deux paris en un : moins de dollar, plus de risk-on.


Le fait historique : le plan de Lloyds, construit à l'envers

Dans sa note du 29 septembre 2026, Lloyds Bank garde ses positions acheteuses sur l'AUD/USD. Le plan :

  • Premier objectif : 0,7222
  • Deuxième objectif : 0,7278
  • Sortie si le marché passe sous 0,7000
  • Condition : un rebond rapide au-dessus de 0,7043 pour réduire le risque

La sortie est à peine sous le prix, les objectifs sont plus loin. Si la banque a tort, elle perd peu. Si elle a raison, elle gagne davantage. C'est ce qu'on appelle un bon ratio risque sur rendement.

Le calendrier joue plutôt pour elle. Sur les dix dernières années, l'AUD/USD a en moyenne reculé en septembre et en octobre, puis rebondi en novembre et en décembre, d'environ 0,6 % et 0,8 % en moyenne. Mais une moyenne n'est jamais une promesse, et si 0,70 a cédé depuis, Lloyds est sortie. C'était prévu.

La vraie leçon des pros : avant d'entrer, ils savent déjà où ils sortent.

L'anecdote : pourquoi Apple n'a pas peur d'un dollar faible

Autre gagnant discret d'un dollar qui baisse : les géants américains. Apple, Microsoft, Google : une grande partie de leurs bénéfices n'a jamais vu les États-Unis. La technique s'appelle le transfert de bénéfices. On loge les brevets, les logiciels et la marque dans une filiale installée dans un pays à impôt faible, comme l'Irlande. Les autres filiales lui paient des redevances pour les utiliser.

L'exemple le plus célèbre reste Apple. Le 10 septembre 2024, la Cour de justice de l'Union européenne a tranché : Apple devait 13 milliards d'euros d'impôts à l'Irlande. Le fameux montage du « double irlandais » a été fermé aux nouveaux entrants en 2015, puis supprimé fin 2020. Mais le principe du transfert de bénéfices existe toujours.

Ces profits sont longtemps restés dehors : les rapatrier coûtait jusqu'à 35 % d'impôt. En 2015, on estimait ce trésor à plus de 2 600 milliards de dollars. La réforme fiscale de 2017 les taxe une seule fois, à 15,5 % au maximum, et dès 2018 des centaines de milliards rentrent au pays.

Le lien avec le dollar

Un profit gardé en euros, à l'étranger, ne crée aucune demande de dollars. Mieux : à chaque clôture comptable, ces profits sont convertis en dollars dans les résultats. Si le dollar a baissé, ils valent plus.

Un milliard d'euros de profits valait 1,05 milliard de dollars avec un euro à 1,05 dollar. Avec un euro à 1,20 dollar, il en vaut 1,20 milliard : 14 % de plus, sans rien vendre de plus.

Chiffres clés, Dollar faible, gagnants et perdants

  • 0,7222 et 0,7278 : les deux objectifs de Lloyds sur l'AUD/USD (note du 29 septembre 2026), avec une sortie sous 0,7000
  • +0,6 % et +0,8 % : la hausse moyenne de l'AUD/USD en novembre et en décembre sur dix ans
  • 13 milliards d'euros : les impôts qu'Apple devait à l'Irlande selon la justice européenne (septembre 2024)
  • 2 600 milliards de dollars : les profits américains gardés à l'étranger, estimés en 2015
  • +14 % : le gain comptable d'un milliard d'euros de profits quand l'euro passe de 1,05 à 1,20 dollar

La leçon pour votre portefeuille

Un dollar faible n'est ni bon ni mauvais en soi : tout dépend de quel côté vous êtes.

Ceux qui gagnent : les devises liées au risque comme le dollar australien, et les multinationales américaines qui réalisent une partie de leurs profits en euros, en livres ou en yens.

Ceux qui perdent : l'investisseur européen qui détient des actifs américains sans couverture de change. Ses actions américaines valent moins une fois reconverties en euros, même si leur cours n'a pas bougé.

Le réflexe utile : regarder dans quelle monnaie sont vos actifs, et où vos entreprises gagnent leur argent. Ce sujet est aussi expliqué en vidéo dans la série « Le dollar » sur la chaîne YouTube Axone-Capital.


Questions fréquentes

Pourquoi le dollar australien monte-t-il quand le dollar américain baisse ?

L'AUD/USD est le prix d'un dollar australien en dollars américains. Si le dollar américain perd de la valeur, il en faut davantage pour acheter un dollar australien. L'australien profite aussi du retour de l'appétit pour le risque.

Qu'est-ce que le transfert de bénéfices ?

Loger brevets, logiciels et marque dans une filiale d'un pays à impôt faible. Les autres filiales lui versent des redevances, et le bénéfice apparaît là où l'impôt est le plus bas, pas là où les ventes ont lieu.

Un dollar faible est-il bon pour les actions américaines ?

Pour les multinationales, souvent oui : leurs profits étrangers valent plus une fois convertis en dollars. Mais pour un investisseur européen, la baisse du dollar réduit la valeur en euros de ces actions.

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Article publié sur Axone Capital, gestion de capital, analyse macro et trading par Yan Chan.