Faut-il croire les prévisionnistes de marché ?
Auteur: Yan Chan, gérant de capital chez Axone Capital
· 4 min de lecture
Les économistes et stratèges de Wall Street se trompent plus souvent qu'ils ne le reconnaissent, voici pourquoi, et ce que ça change pour vous.
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Ici Axone Capital, comprends le système, pas juste le graphique. En 2008, pratiquement personne parmi les plus grands noms de Wall Street n'avait prévu l'effondrement, pourtant ils étaient payés des millions pour ça.
La leçon : les prévisions de marché sont moins fiables qu'un lancer de pièce
Chaque début d'année, les grandes banques publient leurs prévisions pour les douze mois à venir. Goldman Sachs, Morgan Stanley, JPMorgan, BNP Paribas, tous sortent leurs analyses, leurs cibles de cours sur le S&P 500, leurs projections sur le dollar, l'or, les taux.
Et chaque fin d'année, on devrait évaluer qui avait raison. Mais ce travail de mémoire, presque personne ne le fait. Et c'est précisément ce qui permet au business des prévisions de survivre.
Le chercheur Philip Tetlock a mené l'une des études les plus rigoureuses sur ce sujet. Pendant vingt ans, il a collecté les prévisions de 284 "experts" politiques et économiques, journalistes, économistes, stratèges. Il a évalué leur précision sur des milliers de prédictions.
Son verdict ? Les experts sont à peine meilleurs que le hasard. Et plus quelqu'un est médiatisé, confiant, et précis dans ses prévisions, moins il a généralement tendance à être fiable dans les faits. Tetlock a baptisé les mauvais prévisionnistes "hérissons", ils ont une grande idée directrice qu'ils appliquent à tout, et les bons "renards", ils agrègent des signaux multiples et restent incertains.
À Wall Street, les hérissons sont les stars des plateaux TV. Les renards écrivent des rapports techniques que peu de gens lisent.
L'anecdote : 2021, tout le monde a raté le mur
Fin 2020, les grandes maisons de gestion publient leurs prévisions pour 2021. La quasi-totalité s'attend à une hausse modérée des marchés, entre 5 et 10 % pour le S&P 500, après l'année folle de la COVID.
Quelques audacieux s'attendent à une bulle. Personne de crédible ne prédit ce qui va arriver.
En 2021, le S&P 500 finit l'année en hausse de 27 %. Ce n'est pas que les prévisions étaient légèrement fausses, elles étaient d'un ordre de grandeur différent.
Puis vient 2022. Cette fois, beaucoup d'optimistes prévoient encore une belle année après la forte hausse de 2021. Le S&P 500 perd 19 %. Les obligations mondiales perdent 16 %. C'est la pire année simultanée pour les deux classes d'actifs en un siècle.
Personne ne l'avait clairement annoncé. Certains avaient évoqué des risques, mais les risques sont toujours évoqués, avant ou après coup.
Pourquoi les prévisionnistes se trompent autant
Il y a plusieurs raisons structurelles à cette déroute collective, et elles sont fascinantes.
Première raison : les marchés intègrent déjà les prévisions connues. Si tout le monde s'attend à une hausse de 10 %, cette attente est déjà dans les prix. Pour gagner de l'argent, il faut que quelque chose se passe différemment de ce que le marché a déjà anticipé. Prédire ce que tout le monde prédit ne rapporte rien.
Deuxième raison : le biais d'ancrage au consensus. La plupart des stratèges publient des prévisions qui ne s'éloignent pas trop du consensus, sinon ils risquent d'avoir tort et de paraître incompétents. Avoir tort avec tout le monde est beaucoup moins gênant qu'avoir tort seul. Ce mécanisme crée une convergence artificielle qui exclut les scénarios extrêmes, pourtant ce sont souvent les extrêmes qui se réalisent.
Troisième raison : les marchés sont des systèmes complexes, adaptatifs et autoréférentiels. Dès qu'une règle est connue et largement utilisée, les acteurs changent de comportement, et la règle cesse de fonctionner. L'économie n'est pas la physique, elle ne répond pas aux mêmes lois deux fois de suite de la même façon.
Ce que ça change pour vous
La bonne nouvelle, c'est que vous n'avez pas besoin de prédire l'avenir pour bien investir.
Les stratèges de Goldman Sachs ont des modèles quantitatifs sophistiqués, des dizaines d'analystes et des décennies de données. Et ils se trompent. Ce n'est pas qu'ils sont incompétents, c'est que la tâche elle-même est structurellement impossible à court terme.
Ce que vous pouvez faire, en revanche :
Vous positionner sur des tendances longues. Les marchés actions montent sur 20-30 ans. L'inflation érode le cash sur le long terme. L'or protège dans certains régimes économiques. Ces dynamiques ne dépendent pas d'une prévision sur douze mois.
Rester diversifié. Si vous ne savez pas ce qui va se passer, et personne ne le sait vraiment, alors ne concentrez pas votre capital sur un seul scénario. La diversification est la seule réponse rationnelle à l'incertitude fondamentale.
Ignorer le bruit médiatique de court terme. Les prévisions hebdomadaires, les objectifs de cours sur six mois, les grands titres alarmistes, tout cela est du signal mélangé à énormément de bruit. Filtrer le bruit est une compétence rare et précieuse.
La leçon fondamentale : les marchés sont imprévisibles à court terme, mais ils obéissent à des forces de long terme qu'on peut analyser et anticiper. C'est exactement ce que fait la méthode Axone, Macro · Technique · Mindset. Comprendre les cycles, lire le contexte, et garder la tête froide quand tout le monde panique ou s'emballe.
La question n'est pas "que va faire le marché la semaine prochaine ?" C'est "suis-je positionné intelligemment pour les années à venir ?" C'est ça, comprendre le système.