Faut-il investir dans les matières premières (or, pétrole, blé) ?
Auteur: Yan Chan, gérant de capital chez Axone Capital
· 4 min de lecture
Les matières premières protègent-elles vraiment votre portefeuille, ou sont-elles un pari trop risqué pour un investisseur ordinaire ?
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Ici Axone Capital — comprends le système, pas juste le graphique. Et aujourd'hui, on parle de ces actifs que tout le monde cite en période d'inflation, mais que presque personne ne comprend vraiment : les matières premières.
L'intuition qui semble évidente… et qui se complique
L'or monte quand les banques centrales impriment de l'argent. Le pétrole s'envole quand la géopolitique se tend. Le blé explose quand une guerre éclate dans le grenier à blé du monde. Si vous avez suivi l'actualité ces dernières années, vous avez probablement eu cette pensée : "Il faudrait que j'investisse dans les matières premières."
L'intuition est juste. La réalité, elle, est plus complexe.
Les matières premières — on les appelle aussi commodités — désignent des ressources brutes échangeables : les métaux précieux comme l'or et l'argent, les métaux industriels comme le cuivre et l'aluminium, l'énergie comme le pétrole brut et le gaz naturel, et les matières agricoles comme le blé, le maïs, le café, le cacao.
Ce qui les rend uniques comme classe d'actifs ? Elles ne génèrent pas de revenus. L'or ne vous verse pas de dividendes. Un baril de pétrole ne vous paie pas d'intérêts. Vous misez uniquement sur la variation de leur prix.
L'anecdote qui éclaire tout : le cuivre et le Docteur Copper
Les traders ont surnommé le cuivre "Dr. Copper" — le Docteur Cuivre — parce qu'il serait capable de prédire la santé de l'économie mondiale. Le cuivre est présent dans tout ce qui nécessite de l'électricité : câbles, moteurs, électronique, bâtiments. Quand les usines tournent à plein régime, quand la construction explose, quand les pays émergents s'industrialisent, la demande de cuivre grimpe. Et quand l'économie ralentit, elle recule.
En 2008, le cuivre a chuté de plus de 60 % en quelques mois, pressentant la récession avant même que la plupart des économistes l'admettent. En 2021, il a touché des records historiques alors que les plans de relance mondiaux se mettaient en place. Et en 2022-2023, alors que la Chine ralentissait, le cuivre a stagné malgré une inflation élevée partout ailleurs.
Cette anecdote illustre une vérité fondamentale : les matières premières ne suivent pas les marchés d'actions. Elles ont leur propre logique, liée aux cycles de production, à la géopolitique, aux stocks mondiaux et à la demande industrielle. C'est précisément ce qui les rend intéressantes pour diversifier — mais aussi difficiles à maîtriser.
Pourquoi les matières premières intriguent les investisseurs sérieux
Historiquement, les matières premières ont deux propriétés que peu d'actifs possèdent en même temps.
Premièrement : elles s'apprécient en période d'inflation. Quand la valeur de la monnaie baisse, le prix des ressources physiques monte. L'or en est l'exemple classique — souvent appelé "réserve de valeur" depuis que Nixon a mis fin à l'étalon-or en 1971, permettant aux banques centrales d'émettre des monnaies sans contrainte physique.
Deuxièmement : elles sont peu corrélées avec les actions. En 2022, quand actions et obligations ont toutes deux chuté simultanément — la pire année pour le portefeuille 60/40 depuis des décennies — les matières premières, elles, ont globalement progressé. Le pétrole avait bondi de plus de 50 % en début d'année avec la guerre en Ukraine. L'or a tenu ses positions.
C'est ce que cherchent les gestionnaires de grandes fortunes : des actifs qui "zigzaguent" quand le reste du portefeuille "zagzigue".
Les risques que personne ne mentionne assez
Mais voilà ce qu'on oublie souvent de dire.
Les matières premières sont extrêmement volatiles. Le pétrole a clôturé en territoire négatif en avril 2020 — les contrats à terme valaient littéralement moins zéro dollar, parce que personne ne voulait prendre livraison des barils dans un monde à l'arrêt. Le gaz naturel peut perdre 70 % en quelques mois, ou tripler en quelques semaines. Ce n'est pas un actif pour les cœurs fragiles.
L'accès direct est complexe. Vous ne pouvez pas acheter du blé comme vous achetez une action. L'investissement direct passe par les marchés à terme (futures), qui sont des instruments sophistiqués avec des dates d'expiration et des effets de levier. La plupart des investisseurs particuliers passent par des ETF sur matières premières ou des actions de producteurs — ce qui introduit d'autres risques.
Les cycles peuvent durer des décennies. Un "super cycle" des matières premières peut durer 15 à 20 ans. Entrer au mauvais moment, c'est accepter des années de sous-performance.
La question clé : comment, et pour qui ?
Les matières premières ont une vraie place dans un portefeuille diversifié — mais pas n'importe comment et pas pour n'importe qui.
La manière dont vous accédez aux commodités, combien vous y allouez, et sur quels horizons de temps — tout cela change radicalement le profil de risque. Il n'y a pas de réponse universelle.
Pour aller plus loin sur la construction d'un portefeuille qui intègre intelligemment les matières premières, les stratégies d'allocation concrètes et les outils accessibles aux particuliers, c'est justement le genre de mécanique que nous détaillons dans la formation Axone. Pas de formule magique — mais une méthode structurée pour penser votre allocation avec des bases solides.
La leçon à retenir aujourd'hui : les matières premières ne sont pas un pari sur l'avenir. Ce sont des actifs réels, avec leur propre logique. Les comprendre, c'est comprendre un morceau du système économique mondial. Et comprendre le système — pas juste regarder le graphique — c'est ça, la méthode Axone.