Faut-il investir dans les small caps ?
Auteur: Yan Chan, gérant de capital chez Axone Capital
· 4 min de lecture
Les small caps sont-elles vraiment le meilleur pari pour battre le marché ? Ce que les études académiques ne mettent jamais en gras.
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Ici Axone Capital — comprends le système, pas juste le graphique. Le mythe des "small caps qui explosent" a ruiné plus de portefeuilles qu'il n'en a enrichi — voici ce qu'on ne te dit jamais.
Ce que sont vraiment les small caps
Une "small cap", c'est une entreprise cotée en bourse dont la capitalisation boursière est petite. On parle en général d'entreprises entre 300 millions et 2 milliards de dollars aux États-Unis. En Europe, on descend souvent plus bas. À côté d'une Apple à 3 500 milliards, une small cap paraît minuscule.
Depuis les années 1980, un discours domine dans les médias financiers : "les small caps battent les large caps sur le long terme". C'est ce que l'on appelle en finance académique le small cap premium, décrit par les économistes Fama et French dans un papier célèbre de 1992. Selon leurs données, sur un siècle de marchés américains, les petites capitalisations ont surperformé les grandes de plusieurs points par an en moyenne.
Le message qui circule chez les particuliers ? "Achète les small caps, c'est là que ça décuple". Voilà comment on vend un rêve. Et voilà comment on se prend un mur.
L'anecdote : la pépite qui n'en était pas une
Un ami de la table Axone rachète en 2021 des parts d'une biotech française cotée à Paris. Capitalisation : 180 millions d'euros. Une "vraie small cap". Les forums en parlent, un influenceur promet "un x10 en douze mois". Le pitch est sexy : un médicament en phase 3, une équipe brillante, un marché énorme si l'essai passe.
Il met 15 % de son portefeuille dessus. Un an plus tard, l'essai clinique échoue. En une seule séance, l'action perd 72 %. En six mois, elle est quasiment à zéro. Le titre est aujourd'hui suspendu de la cote.
Ce n'est pas un cas isolé. C'est l'histoire de la moitié des small caps quand on les regarde individuellement, sur dix ans.
Le vrai visage du small cap premium
Voici ce que les études académiques ne mettent pas en gras : la surperformance moyenne des small caps est statistique. Elle repose sur des milliers de titres, sur des dizaines d'années. Elle inclut des dizaines de fusions, de faillites, de refontes. Elle est portée par une petite poignée de winners qui multiplient par vingt ou trente leur valeur.
Sur les small caps individuelles, en revanche, le taux d'échec est massif. Beaucoup ne créent aucune valeur. Certaines disparaissent purement et simplement. Le rendement n'est vraiment là que si vous les possédez toutes, ou une bonne partie, via un panier — un ETF small caps, par exemple.
Autre nuance rarement dite : la prime small cap n'apparaît pas dans toutes les décennies. Sur les années 2010-2020, ce sont au contraire les mega caps américaines — Apple, Microsoft, Amazon, Google, Nvidia — qui ont écrasé le marché. Le "small cap premium" a même été négatif pendant plus de dix ans consécutifs.
Ce qu'un investisseur sérieux fait vraiment
Alors, faut-il en mettre dans son portefeuille ? La réponse honnête, celle qu'on donne à la table Axone : oui, mais avec un cadre.
Pas de stock-picking à l'aveugle sur des dossiers non liquides, sans en comprendre le bilan, le flux de trésorerie, la trajectoire de l'équipe. Une exposition diversifiée via un ETF small cap indiciel a beaucoup plus de sens pour la plupart des épargnants qu'un pari sur une biotech "prometteuse" repérée sur un forum. Une taille raisonnable dans le portefeuille : cinq à quinze pour cent au maximum pour la plupart des profils, pas cinquante. Un horizon long : la prime de risque des small caps se paye en volatilité et en drawdowns violents à court terme, il faut être capable de tenir.
L'erreur classique à éviter
L'erreur des particuliers, c'est de confondre "petite entreprise" et "future grande entreprise". Sur cent small caps, une va peut-être devenir la nouvelle Apple. Mais quatre-vingts vont stagner sans jamais décoller, et vingt vont s'effondrer. Miser sur la bonne relève du talent — et souvent, surtout, de la chance.
Le rendement moyen des ETF small caps sur longue période reste attrayant, c'est vrai. Le rendement moyen des investisseurs particuliers qui font du stock-picking small cap agressif, lui, est catastrophique. Ce n'est pas la même chose. Absolument pas.
Chez Axone, on préfère cette lecture honnête : les small caps ne sont pas magiques. Elles sont une classe d'actifs volatile, avec un potentiel réel mais un coût psychologique élevé. Bien intégrées à un portefeuille diversifié, elles l'enrichissent. Mal comprises, elles le vident.
La prochaine fois qu'on te vend "la prochaine Amazon", demande-toi si tu es prêt à voir ton investissement fondre de 70 % sans vendre au pire moment. Si la réponse est non, tu n'es pas prêt pour cette classe d'actifs individuelle. Passe par un ETF diversifié, ou passe simplement ton chemin.