Faut-il investir dans les obligations en 2026 ou préférer les actions ?

Auteur: Yan Chan, gérant de capital chez Axone Capital

2026-10-05 · 8 min de lecture

Les taux ont monté en flèche depuis 2022, puis la Fed a commencé à les baisser. Résultat : pour la première fois depuis quinze ans, les obligations offrent un rendement réel positif. Mais faut-il pour autant délaisser les actions ? La réponse est moins simple qu'il n'y paraît.

L'analyse : les obligations sont-elles redevenues intéressantes ?

Pendant plus d'une décennie — de 2010 à 2022 —, les obligations ont vécu dans l'ombre des actions. Les banques centrales maintenant leurs taux proches de zéro, un bon du Trésor américain à 10 ans rapportait à peine 1,5 % par an. L'inflation étant parfois supérieure, le rendement *réel* était négatif : vous prêtiez de l'argent à l'État américain pour qu'il vous en rende *moins* en pouvoir d'achat. La plaisanterie circulait dans les salles de marchés : "TINA — There Is No Alternative", autrement dit, faute d'alternative, on était condamné à acheter des actions.

En 2022, tout a basculé. La Fed a mené le cycle de hausse de taux le plus rapide depuis les années 1980. Le taux directeur est passé de 0,25 % à 5,5 % en dix-huit mois. Conséquence mécanique : les obligations existantes ont plongé, infligeant aux investisseurs obligataires leur pire année depuis un siècle. Mais la contrepartie, souvent oubliée, c'est que les nouvelles obligations émises depuis lors offrent des rendements nettement plus élevés.

En 2026, après les premières baisses de taux de la Fed, le bon du Trésor américain à 10 ans se situe encore aux alentours de 4 à 4,5 % bruts. Avec une inflation revenue vers 2,5-3 %, le rendement réel est enfin positif. Les obligations redeviennent un actif de rendement, et plus seulement un actif de couverture.

La vraie question n'est donc plus "les obligations sont-elles nulles ?" mais "quelle place leur donner dans un portefeuille diversifié, et à quel moment ?"


Le fait historique : le grand massacre obligataire de 1994

Pour comprendre les obligations, rien ne vaut un krach.

En 1994, la Fed de Alan Greenspan, inquiète d'une surchauffe économique, commence à remonter ses taux de façon inattendue et rapide. En quelques mois, le taux directeur passe de 3 % à 5,5 %. Le marché obligataire mondial s'effondre : les pertes totales sont estimées à plus de 1 500 milliards de dollars — une somme astronomique pour l'époque.

Le paradoxe est frappant : la hausse des taux survient dans un contexte de croissance économique. Les investisseurs qui avaient acheté des obligations *"sans risque"* ont subi des pertes que personne n'avait anticipées. La faillite du comté d'Orange en Californie — un des plus riches des États-Unis — en découle directement : le trésorier avait massivement parié sur des obligations à taux variable et avait tout perdu.

Chiffres clés — Obligations vs actions : les ordres de grandeur

  • Rendement du T-Bond US 10 ans en 2024 : environ 4,2 %, soit +1,7 % de rendement réel au-dessus de l'inflation
  • Rendement moyen du S&P 500 (dividendes inclus, 30 ans) : ≈ 10 % par an bruts, soit environ 7 % réels
  • Pire année obligataire récente (2022) : −16 % pour l'indice AGG (obligations US agrégées), simultanément avec −18 % pour le S&P 500
  • Durée pour récupérer une baisse obligataire : 3 à 5 ans pour une baisse de taux de 2 points sur des obligations à 10 ans

L'anecdote : le gérant qui a tout compris… trop tôt

En 2021, Jeffrey Gundlach, PDG de DoubleLine Capital et surnommé "le roi des obligations", commence à alerter : les taux vont remonter, les obligations vont souffrir, les investisseurs doivent réduire leur duration. Il a absolument raison sur le fond.

Problème : il a raison trop tôt. En 2021, les taux ne montent pas encore. Ses positions défensives lui font sous-performer le marché. Certains clients quittent le fonds.

En 2022, la débâcle obligataire lui donne raison de façon spectaculaire. Mais entre-temps, son fonds a perdu des milliards d'actifs sous gestion.

Cette histoire illustre un principe fondamental que les professionnels de marché appellent "being right vs being early". Sur les marchés financiers, avoir raison trop tôt est souvent aussi coûteux qu'avoir tort. Le timing est une composante à part entière de l'analyse, pas un luxe pour perfectionnistes.


Le concept : duration et sensibilité aux taux

Pour investir intelligemment dans les obligations, il faut comprendre la duration — un concept mal connu mais crucial.

La duration mesure la sensibilité d'une obligation aux variations de taux. Plus une obligation a une duration longue (par exemple 10 ans), plus elle sera affectée par une variation de taux. Une obligation de duration 10 perd environ 10 % de sa valeur si les taux montent de 1 %. Une obligation de duration 2 ne perd que 2 % dans le même scénario.

Autrement dit : si vous anticipez une baisse des taux (comme c'est le cas depuis mi-2024), les obligations longues amplifieront votre gain. Si vous anticipez une hausse, ce sont les obligations courtes — ou les fonds monétaires — qui protégeront votre capital.

En 2026, le cycle de baisses est engagé mais incertain. La Fed a prévenu qu'elle avancerait progressivement. Les obligations à duration intermédiaire (3-7 ans) offrent un équilibre raisonnable entre rendement et risque de duration.


La leçon pour votre portefeuille

Actions vs obligations, ce n'est pas un combat — c'est une question d'architecture de portefeuille.

En 2026, pour un investisseur avec un horizon de 5 à 15 ans, une allocation du type 70 % actions / 30 % obligations courtes à moyennes offre quelque chose qu'on n'avait plus depuis longtemps : des obligations qui *rapportent vraiment*, et donc un vrai coussin lors des turbulences boursières.

Pour un investisseur retraité ou proche de la retraite, la logique s'inverse : les obligations deviennent le pilier de stabilité, avec les actions en complément de croissance.

Ce que vous avez lu ici, c'est la boîte à outils. La mise en pratique — construire votre allocation personnelle selon votre horizon, votre situation fiscale (PEA, assurance-vie, compte-titres) et votre tolérance au risque — c'est exactement là-dessus qu'on travaille chez Axone Capital. Comprendre le système permet de faire les bons choix aux bons moments.

Article publié sur Axone Capital, gestion de capital, analyse macro et trading par Yan Chan.