La règle des 4 % : peut-on vraiment vivre de son capital ?

Auteur: Yan Chan, gérant de capital chez Axone Capital

2026-10-08 · 5 min de lecture

La règle des 4 % promet de ne jamais épuiser son capital en retraite — mais comprendre pourquoi elle fonctionne (et quand elle flanche) change tout à la façon d'y penser.

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Ici Axone Capital — comprends le système, pas juste le graphique. Il existe une règle qui a convaincu des millions de personnes qu'on peut vivre de ses investissements sans jamais travailler à nouveau — et cette règle repose sur une étude précise, pas sur du rêve.

La promesse et son origine

En 1994, trois chercheurs de l'Université Trinity — Cooley, Hubbard et Walz — publient une étude qui va traverser les décennies. Leur question est simple : si quelqu'un prend sa retraite avec un portefeuille diversifié, quel pourcentage peut-il retirer chaque année sans risquer de l'épuiser en 30 ans ?

Leur réponse, après avoir testé toutes les périodes historiques depuis 1926 : 4 % par an, ajusté à l'inflation. Avec un portefeuille typique 60 % actions / 40 % obligations, ce taux de retrait avait résisté à pratiquement tous les scénarios historiques — incluant la Grande Dépression, les chocs pétroliers des années 1970, et le krach de 2000.

L'intuition est puissante. Si vous avez 500 000 euros investis, vous pouvez retirer 20 000 euros la première année, puis augmenter ce montant chaque année avec l'inflation, et — selon l'étude — votre capital devrait survivre 30 ans dans la grande majorité des cas.

C'est une idée qui a transformé la façon dont certaines personnes pensent à leur avenir financier. Elle est devenue le pilier du mouvement FIRE (*Financial Independence, Retire Early*) — des communautés entières ont organisé leur vie autour de cette règle.

L'anecdote de Bill Bengen : l'homme qui a inventé le 4 %

Mais l'étude Trinity n'était pas la première à formuler cette idée. Un conseiller financier californien nommé Bill Bengen l'avait conceptualisée un an plus tôt, en 1993, en analysant les données historiques de son propre portefeuille de clients.

Ce qui est fascinant dans l'histoire de Bengen, c'est sa méthode. Il ne cherchait pas à trouver le taux de retrait optimal — il cherchait à trouver le taux de retrait le plus sûr possible. Il a simulé ce qui se serait passé pour tous les retraités qui auraient commencé à retirer à n'importe quel moment depuis les années 1920.

Le pire scénario qu'il ait trouvé ? Les gens qui ont pris leur retraite en 1968-1969 — juste avant les deux chocs pétroliers et la décennie d'inflation des années 1970. Ces retraités ont subi une combinaison brutale : marchés boursiers faibles ET érosion de leur pouvoir d'achat. Et pourtant, avec un taux de retrait de 4 %, leur portefeuille a survécu.

Bengen a appelé cette règle le "SAFEMAX" — le taux de retrait sûr maximum. Et il a précisé quelque chose que beaucoup oublient : ce 4 % s'applique à la première année uniquement. Ensuite, on ajuste à l'inflation — même si les marchés baissent.

Pourquoi ça marche — et pourquoi c'est fascinant

La règle des 4 % fonctionne parce qu'elle repose sur une réalité profonde des marchés financiers : les rendements à long terme tendent à l'emporter sur les drawdowns à court terme, surtout si le portefeuille est bien diversifié.

Un portefeuille qui rapporte en moyenne 7 % par an en termes réels (nets d'inflation) peut supporter un retrait de 4 % chaque année et continuer à croître modérément. Le capital ne s'épuise pas — il se reconstitue pendant les bonnes années, et puise dans ses réserves pendant les mauvaises.

C'est la puissance des intérêts composés appliqués à la retraite : au lieu de travailler pour votre argent, vous arrangez les choses pour que votre argent travaille pour vous.

Mais — et c'est là qu'il faut être honnête — la règle a été conçue pour une durée de 30 ans, avec un certain type de portefeuille, dans un certain contexte de taux. Elle n'est pas une garantie. Elle est une probabilité.

La limite que peu de gens mentionnent

La règle des 4 % suppose que vous ne touchez pas à votre capital de façon irraisonnée, que votre portefeuille est correctement diversifié, et surtout que vous commencez à retirer au bon moment par rapport aux cycles de marché.

Ce dernier point est crucial. Les chercheurs l'ont appelé le "sequence of returns risk" — le risque de la séquence des rendements. Si vous avez la malchance de prendre votre retraite juste avant une mauvaise décennie (comme en 2000 ou 2008), les pertes précoces épuisent votre capital avant que les bonnes années ne puissent le reconstituer.

Un scénario simple : deux investisseurs retraités, même portefeuille, même taux de retrait de 4 %. L'un commence en 1994 — il profite de six années de boom. L'autre commence en 2000 — il encaisse trois ans de baisse consécutive. Au bout de 20 ans, leurs situations sont radicalement différentes.

Ce que ça change pour vous

Comprendre la règle des 4 % et ses mécanismes, c'est comprendre pourquoi certaines personnes parviennent à vivre de leur capital — et pourquoi d'autres, avec la même règle, échouent.

L'intuition est là : c'est possible, c'est documenté, et ça repose sur des fondamentaux solides. Mais la mise en œuvre — comment construire ce capital, avec quels actifs, dans quelle proportion, comment gérer les retraits selon le cycle de marché, comment adapter la règle à votre situation fiscale et à votre horizon — c'est précisément ce que l'on explore en profondeur dans la formation Axone sur l'investissement à long terme.

La règle des 4 % vous donne l'objectif. La méthode, c'est une autre conversation — et c'est celle qui fait vraiment la différence entre l'intention et la réalité.

Rapport publié sur Axone Capital, gestion de capital, analyse macro et trading par Yan Chan.