Le dollar a-t-il atteint son pic ? Ce que parient les grandes banques

Auteur: Yan Chan, gérant de capital chez Axone Capital

2026-10-17 · 5 min de lecture

Début octobre, Standard Chartered écrit qu'elle s'attend à un pic prochain du dollar. Saisonnalité, taux de la Fed, achats d'or des banques centrales : voici ce que parient les grandes banques, et pourquoi un dollar faible fait souvent briller l'or.

L'analyse : pourquoi les banques parient sur la fin du dollar fort

Depuis quelques semaines, plusieurs grandes banques regardent dans la même direction : la fin du dollar fort.

Le 5 octobre 2026, dans une note consacrée à l'or, Standard Chartered l'écrit noir sur blanc : elle s'attend à ce que le dollar atteigne bientôt son pic (« we expect the USD to peak soon »). Un pic, c'est un sommet. Après un sommet, la banque estime que le dollar a plus de chances de baisser que de monter.

Elle n'est pas seule. Une semaine plus tôt, le 29 septembre, Lloyds pariait déjà contre le dollar américain, en achetant le dollar australien.

Pour comprendre ce pari, il faut revenir à ce qui fait la force d'une devise : le rendement qu'elle rapporte.

  • Quand les taux américains sont élevés, le monde entier veut des dollars pour placer son argent aux États-Unis. Le dollar monte.
  • Quand la Fed baisse ses taux, ce rendement diminue. Les capitaux vont chercher mieux ailleurs, et la demande de dollars faiblit.

L'argument du calendrier

Le premier argument des banques, c'est la saisonnalité : ce que fait le dollar, en moyenne, chaque année à la même période. Sur les dix dernières années, le Dollar Index monte en septembre et en octobre, fait son sommet saisonnier vers fin octobre, puis recule en novembre et en décembre.

L'euro-dollar fait le chemin inverse : il recule en septembre et en octobre, puis finit l'année en hausse, avec en moyenne près de 1 % en décembre. Attention, c'est une moyenne, pas une promesse.

Le déclencheur possible

Le deuxième argument est plus incertain : une éventuelle fin de la guerre. Une guerre fait grimper le baril, donc l'inflation, et oblige la Fed à garder des taux élevés. Si elle prenait fin, le baril reculerait, l'inflation aussi, et la Fed aurait de la marge pour baisser ses taux.


Le fait historique : 1985, le jour où le monde a décidé de faire baisser le dollar

Au milieu des années 1980, le dollar était devenu si fort qu'il pénalisait l'industrie américaine.

Le 22 septembre 1985, les ministres des Finances de cinq grandes économies (États-Unis, Japon, Allemagne de l'Ouest, France, Royaume-Uni) se réunissent à l'hôtel Plaza de New York. Ils s'accordent pour faire baisser le dollar. C'est l'accord du Plaza. Le dollar entame alors une longue baisse face au yen et au mark.

La leçon : le dollar ne monte pas pour toujours. Ses grands cycles finissent par se retourner.


L'anecdote : pourquoi les banques centrales achètent autant d'or

Le premier pari des banques contre le dollar, c'est l'or. Pourquoi l'or monte-t-il souvent quand le dollar baisse ? Trois raisons.

Un : l'or se paie en dollars. Quand le dollar baisse, un acheteur européen ou indien paie son or moins cher dans sa propre monnaie. Il en achète plus, et le prix en dollars monte.

Deux : l'or ne rapporte aucun intérêt. Quand les taux baissent, garder de l'or coûte moins cher en manque à gagner.

Trois : les banques centrales. Après le gel des réserves russes en 2022, beaucoup de pays veulent des réserves que personne ne peut bloquer. Depuis, les banques centrales, surtout celles des pays émergents, achètent plus de 1 000 tonnes d'or par an, un rythme record selon le World Gold Council.

C'est ce moteur que Standard Chartered met en avant. Son plan : profiter du récent repli de l'or pour en racheter. Elle voit 4 000 dollars l'once comme un support technique important, et vise 4 900 dollars. Sous 4 000, la banque considère que son scénario est faux. C'est sa porte de sortie.

Chiffres clés, Le dollar et l'or en fin d'année

  • Fin octobre : sommet saisonnier moyen du Dollar Index sur 10 ans, suivi en général d'une baisse en novembre et décembre
  • Près de +1 % : gain moyen de l'euro-dollar en décembre sur 10 ans
  • +2,3 % puis +3,2 % : performance moyenne de l'or en décembre puis en janvier sur 10 ans
  • Plus de 1 000 tonnes : achats d'or annuels des banques centrales depuis 2022 (World Gold Council)
  • 4 000 $ / 4 900 $ : support et objectif de Standard Chartered sur l'or (note du 5 octobre 2026)

La leçon pour votre portefeuille

Ce sont des paris, pas des certitudes. Trois leçons en ressortent.

Première leçon : une devise suit ses taux. Surveiller la Fed, c'est surveiller le dollar, et donc une partie du prix de l'or.

Deuxième leçon : la saisonnalité est un vent, pas un moteur. Elle peut aider un scénario, jamais le garantir.

Troisième leçon : un bon pari a une porte de sortie. Standard Chartered ne dit pas que l'or va forcément monter. Elle dit où elle a raison, et où elle a tort.

Ce sujet est aussi expliqué en vidéo dans la série « Le dollar » sur la chaîne YouTube Axone-Capital.


Questions fréquentes

Pourquoi l'or monte-t-il quand le dollar baisse ?

L'or se paie en dollars dans le monde entier. Quand le dollar baisse, il devient moins cher pour les acheteurs étrangers, qui en achètent plus.

Le dollar baisse-t-il toujours en fin d'année ?

Non. Sur les dix dernières années, le Dollar Index a en moyenne fait un sommet vers fin octobre, puis reculé en novembre et décembre. Mais c'est une moyenne : rien ne garantit que cette année suivra le même chemin.

Pourquoi les banques centrales achètent-elles autant d'or ?

Pour dépendre moins du dollar. Depuis le gel des réserves russes en 2022, beaucoup de pays veulent des réserves que personne ne peut bloquer, et l'or en fait partie.

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Article publié sur Axone Capital, gestion de capital, analyse macro et trading par Yan Chan.