C'est quoi l'open interest et le funding en crypto ?

Auteur: Yanis, gérant de capital chez Axone Capital

2026-06-22 · 7 min de lecture

Deux indicateurs que les débutants ignorent et que les pros ne quittent jamais des yeux. L'open interest mesure l'argent en jeu ; le funding mesure la pression. Ensemble, ils révèlent la conviction réelle du marché.

L'analyse : deux indicateurs que les débutants ignorent, que les pros surveillent en permanence

Sur la plupart des plateformes d'analyse crypto, vous verrez souvent deux métriques en bas des graphiques : l'open interest et le funding rate. La majorité des débutants les ignore. Les traders professionnels, eux, les regardent avant même de regarder le prix.

Ces deux indicateurs viennent du monde des marchés dérivés — et notamment des contrats perpétuels, un instrument inventé par BitMEX en 2016 et devenu l'outil dominant des marchés crypto mondiaux.

L'open interest : combien d'argent est engagé en ce moment

L'open interest (OI) mesure le total des positions ouvertes sur un marché dérivé. Ce n'est pas le volume de transactions — c'est l'argent actuellement "en jeu", non encore fermé.

Imaginez une table de poker : le volume, c'est le total des mises échangées dans la soirée. L'open interest, c'est la valeur des jetons encore sur la table en ce moment.

Quand l'OI monte, de nouveaux capitaux entrent sur le marché. Quand il baisse, des positions se ferment — par prise de profit ou par liquidation.

La combinaison OI + prix est particulièrement puissante :

  • OI monte + prix monte : les acheteurs entrent en force. Tendance potentiellement saine.
  • OI monte + prix baisse : les vendeurs s'accumulent. Pression vendeuse croissante.
  • OI baisse + prix chute fortement : capitulation, liquidations en cascade. Souvent un signal contrariant.

Le funding rate : le thermostat de l'euphorie

Les contrats perpétuels n'ont pas de date d'expiration. Pour empêcher leur prix de diverger du prix spot, les plateformes utilisent un mécanisme de funding : toutes les 8 heures, les traders en position longue paient les shorts — ou vice versa.

Quand le funding est positif (par exemple 0,05 %), les longs paient les shorts. Plus le funding est élevé, plus le marché est "chargé" en positions acheteuses — et plus le risque de retournement violent est grand, car la moindre mauvaise nouvelle déclenche des liquidations en cascade.

Quand le funding est négatif, les shorts dominent. Cela peut précéder un "short squeeze" spectaculaire.

Les niveaux de funding à surveiller

  • 0,01 % - 0,03 % : neutre, marché équilibré
  • 0,05 % - 0,10 % : attention, optimisme excessif
  • > 0,10 % : zone de danger — risque de retournement élevé
  • Négatif (< 0 %) : pessimisme dominant, possible rebond technique

L'anecdote : BitMEX et le Black Thursday de mars 2020

En 2018-2019, BitMEX était devenue la bourse crypto avec le plus grand volume de contrats perpétuels au monde. Elle offrait quelque chose d'inédit : un levier jusqu'à 100x sur le Bitcoin.

Pour un dépôt de 1 000 dollars, un trader pouvait contrôler 100 000 dollars de Bitcoin. Les gains potentiels étaient astronomiques. Les liquidations aussi.

Le 12 mars 2020 — "Black Thursday" du crypto — le Bitcoin perd 50 % en quelques heures. Des milliards de positions sont liquidées en quelques minutes. Les serveurs de BitMEX peinent à tenir. Le prix du Bitcoin sur BitMEX tombe temporairement à 3 600 dollars, alors qu'il vaut 5 000 dollars sur les autres bourses.

Cette divergence de prix — directement liée à des liquidations massives et un open interest qui s'effondre — illustre parfaitement la dynamique OI + funding à l'extrême. Quand tout le monde est "long" avec un levier maximal, il suffit d'un catalyseur pour que le marché s'auto-détruise en quelques heures.


Le fait historique : le lancement des Bitcoin futures sur le CME (décembre 2017)

Le 18 décembre 2017, le Chicago Mercantile Exchange — la plus grande bourse de dérivés au monde — lance les premiers futures Bitcoin régulés aux États-Unis. Pour la première fois, des institutionnels peuvent prendre des positions sur le Bitcoin via un cadre légal, sans détenir le sous-jacent.

Ce que l'histoire n'a pas oublié : ce lancement coïncide presque exactement avec le sommet historique du Bitcoin à 20 000 dollars. Les semaines suivantes, le Bitcoin perd 70 % de sa valeur.

Certains analystes ont postulé que des institutionnels avaient utilisé les futures CME pour vendre le Bitcoin à découvert dès leur lancement — exerçant une pression vendeuse sur un marché encore jeune et peu liquide. La thèse n'est pas prouvée, mais elle illustre parfaitement le pouvoir des instruments dérivés.

Depuis, l'open interest sur les futures CME est devenu l'un des indicateurs clés pour mesurer l'intérêt institutionnel pour le Bitcoin.


Le concept : lire l'open interest comme un tracker de conviction

L'open interest ne dit pas si le marché va monter ou baisser. Il dit avec quelle conviction les participants sont positionnés.

Un marché avec un faible OI est peu "engagé" — les mouvements sont moins amplifiés. Un marché avec un OI très élevé est un marché où les positions sont nombreuses et importantes : un retournement peut déclencher des liquidations en cascade, amplifiant la volatilité bien au-delà de ce que les fondamentaux justifient.

La lecture combinée OI + funding est l'outil que les traders professionnels utilisent pour évaluer le "carburant" disponible pour un mouvement. Quand l'OI est élevé et le funding très positif, le marché est "surchargé" en longs — n'importe quel catalyseur négatif peut déclencher une chasse aux stops.

L'OI mesure la tension. Le funding mesure la direction de cette tension. Les deux ensemble dessinent le risque réel du marché, indépendamment du prix affiché.

Chez Axone Capital, on appelle ça lire le sentiment structurel plutôt que le prix. Le prix dit où on est. L'OI et le funding disent combien de temps on peut y rester — et dans quel sens la prochaine vague risque de partir.

Article publié sur Axone Capital — gestion de capital, analyse macro et trading par Yanis.