L'or ou le Bitcoin : lequel protège vraiment contre l'inflation ?
Auteur: Yan Chan, gérant de capital chez Axone Capital
· 7 min de lecture
Or et Bitcoin sont tous les deux présentés comme des remparts contre l'inflation et les crises. Mais concrètement, lequel a tenu ses promesses ? Analyse des données, des faits historiques et des limites de chacun.
L'analyse : deux actifs, une même promesse
Or et Bitcoin partagent un narratif commun : tous les deux sont présentés comme des remparts contre l'inflation, des réserves de valeur hors du système monétaire traditionnel. Mais lorsqu'on regarde les données réelles, les différences sont profondes — et décisives selon votre profil et vos objectifs.
L'or a 6 000 ans d'histoire monétaire. Il est tangible, rare, reconnu universellement. Le Bitcoin a 15 ans d'existence. Il est numérique, limité à 21 millions d'unités, et repose sur un protocole décentralisé.
Aucun des deux n'est faux. Mais ils ne répondent pas exactement aux mêmes besoins — et comprendre cette nuance peut vous éviter des erreurs coûteuses.
Le concept : réserve de valeur — qu'est-ce que ça veut vraiment dire ?
Une réserve de valeur est un actif qui conserve son pouvoir d'achat dans le temps, même face à l'inflation ou aux crises. Ce n'est pas un actif qui monte toujours — c'est un actif qui ne se dévalue pas en dehors des dynamiques de marché.
L'or remplit ce rôle depuis des millénaires. Une once d'or achetait, sous l'Empire romain, une toge de qualité. Aujourd'hui, une once d'or (≈ 2 400 $) achète un costume de qualité similaire. Le pouvoir d'achat est préservé sur 2 000 ans.
Le Bitcoin, lui, est une réserve de valeur *potentielle* : son offre est mathématiquement plafonnée, mais sa valeur en dollars est extrêmement volatile. Entre 2021 et 2022, le Bitcoin a perdu plus de 70 % de sa valeur — pas exactement le comportement d'un « or numérique » en période de stress.
L'or est une assurance que vous espérez ne jamais activer. Le Bitcoin est un pari que vous espérez voir s'activer.
Le fait historique : 1979-1980, l'or sous inflation extrême
Quand l'inflation américaine a atteint 14,8 % en 1980 — son plus haut historique depuis la Deuxième Guerre mondiale — l'or a livré exactement ce qu'on attendait de lui.
En 1971, Nixon avait mis fin à la convertibilité dollar-or (fin du système de Bretton Woods), libérant le métal précieux de son prix fixe. Entre 1971 et janvier 1980, l'or est passé de 35 $ à 850 $ l'once — une multiplication par 24 en neuf ans, pendant que l'inflation américaine ravageait les épargnants.
Morale : quand la confiance dans la monnaie s'effondre et que l'inflation s'emballe, l'or joue son rôle de refuge millénaire. Mais il faut nuancer : une fois l'inflation maîtrisée (début des années 1980), l'or a aussi chuté de -65 % entre 1980 et 2000, une génération entière pendant laquelle les détenteurs d'or ont sous-performé massivement.
La leçon : l'or protège en période d'inflation extrême et de méfiance institutionnelle. Mais il peut stagner ou reculer pendant des décennies dans un contexte de stabilité monétaire.
L'anecdote : le pari de Michael Saylor
En 2020, Michael Saylor, PDG de MicroStrategy, a converti la trésorerie de son entreprise en Bitcoin — plusieurs milliards de dollars. Sa conviction : le Bitcoin est « l'or numérique » du XXIe siècle, et le dollar va continuer à se déprécier sous les injections monétaires massives post-COVID.
Entre 2020 et fin 2021, le pari semblait validé : MicroStrategy a multiplié sa valeur boursière par 6. Puis en 2022, avec la hausse des taux, le Bitcoin a effacé plus des trois quarts de sa valeur de sommet, et MicroStrategy a frôlé la faillite.
Ce que montre cette anecdote : le Bitcoin amplifie. Il amplifie les gains quand la macro est favorable (liquidité abondante, taux bas, appétit pour le risque). Il amplifie aussi les pertes quand les conditions s'inversent. C'est un actif procyclique qui se comporte davantage comme un actif risqué que comme une vraie valeur refuge en temps de crise.
La question pratique : et dans votre portefeuille ?
Les deux actifs ont leur place — mais pas le même rôle :
- L'or convient à ceux qui cherchent une assurance long terme, une couverture contre l'inflation soutenue et les crises géopolitiques, avec une faible volatilité. C'est le « cousssin » du portefeuille.
- Le Bitcoin convient à ceux qui acceptent une volatilité extrême en échange d'un potentiel de rendement asymétrique. C'est un actif spéculatif à taille limitée dans un portefeuille diversifié.
La mauvaise réponse : choisir l'un ou l'autre en pensant qu'il remplit exactement la même fonction.
Chez Axone Capital, on suit les deux actifs dans notre analyse macro hebdomadaire. L'allocation optimale entre or, Bitcoin, actions et obligations dépend de votre horizon, de votre tolérance au risque et du régime de marché en cours. La méthode *Macro · Technique · Mindset* permet de lire ce contexte — et de ne jamais allouer à l'aveugle.
*Comprends le système, pas juste le graphique.*