Pourquoi les ETF indiciels font-ils mieux que 90 % des fonds gérés ?

Auteur: Yanis, gérant de capital chez Axone Capital

2026-07-12 · 7 min de lecture

John Bogle a fondé Vanguard en 1975 avec une idée jugée absurde : au lieu de battre le marché, suivez-le. Cinquante ans plus tard, les chiffres lui donnent raison avec éclat. Comprendre pourquoi, c'est comprendre la règle d'or de l'investissement passif.

L'analyse : le paradoxe de la gestion active

Il existe un paradoxe au cœur du secteur de la gestion d'actifs. Des milliers de professionnels hautement diplômés, armés des meilleurs outils d'analyse et d'informations en temps réel, consacrent leur carrière à battre les marchés. Pourtant, à long terme, la grande majorité d'entre eux sous-performe un simple indice.

Ce n'est pas une opinion : c'est une statistique documentée depuis des décennies. Le rapport SPIVA (S&P Indices Versus Active), publié chaque année, est brutal. Sur 15 ans, plus de 90 % des fonds actifs américains font moins bien que l'indice S&P 500. En Europe, la proportion est similaire. En matière d'investissement, être "la moyenne du marché" — c'est-à-dire investir dans un ETF indiciel — surpasse neuf fonds sur dix sur le long terme.

Pourquoi ? Trois raisons s'accumulent.

Les frais de gestion. Un fonds actif prélève en moyenne 1 à 2 % de frais annuels. Un ETF indiciel coûte 0,03 à 0,20 %. Sur 30 ans avec un capital de 10 000 €, la différence de 1,5 % de frais annuels représente des dizaines de milliers d'euros d'écart au final. Les frais sont la seule certitude en finance — ils s'appliquent quelles que soient les performances.

La difficulté à battre le marché de façon répétée. Même les gérants qui surperforment une année rarement y parviennent la suivante. Des études montrent que la persistance de la surperformance est statistiquement proche du hasard. Les gérants "stars" ont souvent été en avance sur leur temps... pour redevenir dans la moyenne quelques années plus tard.

L'efficience des marchés. Dans les marchés très suivis (grandes capitalisations américaines, indices européens), chaque information pertinente est déjà intégrée dans les prix quasi instantanément. Il est très difficile d'avoir durablement un avantage informationnel sur des milliers d'autres professionnels qui analysent les mêmes actifs.

Les chiffres qui parlent d'eux-mêmes

  • >90 % des fonds actifs américains font moins bien que le S&P 500 sur 15 ans (SPIVA 2024)
  • 0,03 %/an : frais du Vanguard S&P 500 ETF (VOO) — contre ~1,5 % pour un fonds actif moyen
  • 7 000 milliards $ : les actifs sous gestion en ETF indiciels dans le monde en 2025
  • Vanguard gère plus de 8 000 milliards $ d'actifs — la plus grande société de gestion du monde

L'anecdote : le fonds que tout le monde a moqué

Août 1976. John Bogle vient de lancer le premier fonds indiciel ouvert au grand public via Vanguard, qu'il a fondé deux ans plus tôt. L'objectif de ce fonds : simplement reproduire la performance du S&P 500, sans essayer de le battre.

L'accueil du secteur est cinglant. Les concurrents le surnomment "Bogle's Folly" (la folie de Bogle). Fidelity, le géant de la gestion active, lance une campagne publicitaire avec le slogan : "We're not going to settle for average." L'idée d'investir dans "la moyenne" semblait une capitulation intellectuelle — un aveu que l'on ne peut pas faire mieux.

Lors de l'introduction, Vanguard espérait lever 150 millions de dollars. Il en a collecté... 11 millions. À peine de quoi couvrir les frais d'ouverture.

Cinquante ans plus tard, Bogle est reconnu comme un des plus grands bienfaiteurs de l'investisseur particulier de l'histoire. Warren Buffett a déclaré qu'il méritait une statue à Washington. Berkshire Hathaway lui-même a recommandé à plusieurs reprises les ETF indiciels dans ses lettres aux actionnaires. Et le fonds qui avait collecté 11 millions en 1976 appartient aujourd'hui à un groupe qui gère 8 000 milliards de dollars.

La "folie de Bogle" a finalement gagné.


Le fait historique : l'hypothèse des marchés efficients

L'idée de John Bogle s'appuyait sur une théorie économique : l'Hypothèse des Marchés Efficients (EMH), formalisée par Eugene Fama dans les années 1960 (prix Nobel 2013). Selon Fama, dans un marché liquide et bien informé, les prix reflètent à tout moment toute l'information disponible. Personne ne peut donc systématiquement les "battre" — car l'information est déjà intégrée.

Cette théorie est contestée et nuancée (les marchés ne sont pas parfaitement efficients — il existe des anomalies). Mais elle contient un noyau de vérité puissant : dans un marché très suivi, battre l'indice de façon répétée est extraordinairement difficile, surtout après déduction des frais.

Bogle a traduit cette idée académique en produit financier concret. Il n'a pas prouvé que les marchés sont toujours efficients ; il a prouvé que les frais de gestion active sont, eux, toujours réels — et qu'ils rongent inexorablement la performance nette de l'investisseur.


Le concept : l'ETF indiciel en pratique

Un ETF (Exchange Traded Fund) indiciel est un fonds coté en bourse qui réplique mécaniquement la performance d'un indice — le S&P 500, le CAC 40, le MSCI World, etc. Il ne cherche pas à sélectionner les meilleures actions : il les achète toutes, dans les mêmes proportions que l'indice.

Avantages pour l'investisseur :

  • Frais ultra-bas. Pas de gérant à payer. Les meilleurs ETF mondiaux coûtent moins de 0,10 % par an.
  • Diversification immédiate. Un seul ETF MSCI World donne accès à plus de 1 400 entreprises dans 23 pays développés.
  • Transparence. Tu sais exactement ce que tu possèdes. L'ETF publie sa composition chaque jour.
  • Liquidité. Un ETF se vend comme une action, en temps réel, pendant les heures de marché.
  • Fiscalité avantageuse (France). Dans un PEA, les ETF éligibles bénéficient d'une exonération d'impôt sur les plus-values après 5 ans.

La limite principale : un ETF indiciel ne protège pas lors des baisses de marché. Si l'indice chute de 30 %, l'ETF chute pareillement. C'est pour ça que le long terme est crucial — et que la gestion de son allocation entre actifs (actions, obligations, or) reste pertinente même en investissement passif.


Ce qu'Axone en retient

La leçon de Bogle est contre-intuitive mais solidement étayée : faire simple et payer peu est la meilleure stratégie pour la majorité des épargnants à long terme. Ne pas essayer de battre le marché — *être* le marché.

Chez Axone Capital, nous ne recommandons pas d'ignorer la gestion active ou le trading : ils ont leur rôle pour les investisseurs qui ont le temps, la méthode et la discipline. Mais pour un capital de long terme, les ETF indiciels constituent la fondation la plus solide — et la plus honnête.

Comprends le système, pas juste le graphique.

Article publié sur Axone Capital — gestion de capital, analyse macro et trading par Yanis.