Pourquoi le prix du pétrole monte ou baisse ?
Auteur: Yanis, gérant de capital chez Axone Capital
· 7 min de lecture
Guerre des prix, cartels, crise géopolitique : le pétrole est l'actif le plus politisé de la planète. Comprendre pourquoi son prix bouge — et comment en tenir compte dans votre stratégie — c'est comprendre une partie essentielle du système économique mondial.
L'analyse : le pétrole, un prix qui ne se fixe pas comme les autres
Quand vous regardez le prix du baril à la télé — 75, 90, ou parfois 120 dollars — vous vous demandez peut-être pourquoi ce chiffre change autant d'une semaine à l'autre. Pas parce que le pétrole dans le sous-sol a changé de qualité. Mais parce que le marché du pétrole est un des marchés les plus politisés de la planète.
Le prix du pétrole obéit à deux forces classiques : l'offre et la demande. Sauf qu'ici, l'offre est en grande partie contrôlée par un cartel — l'OPEC+ — et la demande est tirée par la croissance mondiale.
L'OPEC+, c'est l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole, élargie à d'autres producteurs comme la Russie, le Kazakhstan ou les Émirats arabes unis (EAU). Ensemble, ils représentent environ 40 % de la production mondiale de pétrole brut. Quand ils décident de produire moins, l'offre diminue, les stocks se contractent, et le prix monte. Quand ils produisent davantage, le marché est inondé et le prix chute.
C'est un mécanisme d'une simplicité redoutable — et pourtant, les membres de l'OPEC+ ne sont pas toujours d'accord entre eux.
En mai 2026, les EAU ont annoncé leur sortie progressive de l'OPEC+. C'est un signal fort. Les Émirats, avec leur capacité de production en forte hausse (objectif de 5 millions de barils/jour d'ici 2027), ne voulaient plus être contraints par des quotas qui limitaient leurs revenus pétroliers. Hors cartel, ils peuvent produire librement — ce qui signifie plus d'offre sur le marché, donc une pression à la baisse sur les prix.
L'anecdote : le jour où le pétrole valait -37 dollars
Avril 2020. Le monde est en confinement. Les avions sont cloués au sol. Les usines tournent au ralenti. La demande de pétrole a chuté si vite, si brutalement, que quelque chose d'inédit s'est produit : le contrat futures pour le pétrole brut américain (WTI) est passé sous zéro. À -37,63 dollars le baril le 20 avril 2020.
Négatif. Vous payiez quelqu'un pour prendre votre pétrole.
Pourquoi ? Parce que les stockages étaient pleins à craquer. Les raffineries avaient arrêté de tourner. Personne ne pouvait prendre livraison du pétrole — les entrepôts de Cushing, Oklahoma, principal hub de stockage américain, affichaient complet. Les traders qui détenaient des contrats futures à livraison imminente n'avaient littéralement nulle part où mettre leur pétrole. Dans la panique, ils ont vendu à n'importe quel prix — même négatif — pour éviter la livraison physique.
C'est l'illustration parfaite que le pétrole n'est pas qu'une matière première financière. C'est un actif physique qui doit être stocké, transporté, raffiné. Quand ces contraintes logistiques s'emballent, les mécanismes habituels de marché deviennent fous.
Six semaines plus tard, le prix était remonté à +35 dollars. Six mois plus tard, à +45 dollars. C'est aussi ça, la volatilité du pétrole.
Le fait historique : 1973, quand l'OPEC a mis le monde à genoux
Le 6 octobre 1973, l'Égypte et la Syrie attaquent Israël — c'est la guerre du Kippour. Les États-Unis soutiennent Israël militairement. En représailles, les pays arabes membres de l'OPEC décrètent un embargo pétrolier contre les États-Unis, le Pays-Bas et d'autres alliés d'Israël.
En quelques mois, le prix du baril passe de 3 dollars à 12 dollars — une multiplication par 4.
Les conséquences ont été immédiates : files d'attente aux stations-service américaines, rationnement, coupures d'électricité, récession dans la plupart des économies occidentales. En France, le gouvernement a instauré des dimanches sans voiture.
La leçon de 1973 : les économies industrielles étaient totalement dépendantes d'un cartel qu'elles ne contrôlaient pas. Ce choc a accéléré deux décennies de politique énergétique : développement du nucléaire en France, recherche d'alternatives, diversification des sources d'approvisionnement.
Cinquante ans plus tard, le pétrole reste central. La transition énergétique commence à réduire cette dépendance, mais lentement.
Le concept : l'inélasticité de la demande pétrolière
En économie, on parle d'élasticité pour mesurer comment la demande réagit aux variations de prix. Un bien "élastique" voit sa demande chuter quand son prix monte. Un bien "inélastique" continue d'être acheté même quand il devient plus cher.
Le pétrole est extrêmement inélastique à court terme. Pourquoi ? Parce que vous ne pouvez pas décider du jour au lendemain de changer votre voiture thermique pour une électrique, de reconvertir votre usine, ou de remplacer votre chauffage au fioul. Ces décisions prennent des années.
Résultat : une petite variation d'offre peut provoquer une grande variation de prix. C'est pour ça qu'une annonce de l'OPEC+ — "nous réduisons la production de 1 million de barils/jour" — peut faire bouger le cours du pétrole de 5 ou 10 % en quelques heures.
C'est aussi pour ça que le pétrole reste un des actifs les plus surveillés par les investisseurs macro. Son prix est un baromètre de la croissance mondiale, un signal d'inflation, et une source de risque géopolitique. Impossible de construire une analyse sérieuse des marchés sans garder un œil sur le baril.
La leçon Axone
Le pétrole illustre parfaitement l'approche Macro · Technique · Mindset d'Axone Capital. En macro, il faut surveiller les décisions OPEC+, les stocks US (rapport EIA chaque mercredi), la croissance chinoise — premier importateur mondial. En technique, le baril a ses niveaux de support et résistance propres. Et en mindset, il faut résister à la panique des mouvements brusques — comme en avril 2020, où acheter dans la tempête aurait rapporté +200 % en quelques mois.
Le prix du pétrole ne se prédit pas. Mais il se comprend. Et comprendre comment il fonctionne, c'est comprendre une pièce maîtresse du puzzle économique mondial.