Qu'est-ce que le momentum en bourse et est-ce vraiment une stratégie gagnante ?
Auteur: Yan Chan, gérant de capital chez Axone Capital
· 8 min de lecture
Le momentum, c'est l'idée d'acheter ce qui monte et d'éviter ce qui baisse. Contre-intuitif ? Pourtant, des études académiques sur 100 ans de données montrent que c'est l'une des anomalies les plus robustes des marchés financiers.
L'analyse : acheter ce qui monte, vraiment ?
Il existe une phrase qui choque les investisseurs prudents : "La meilleure prédiction du prix de demain, c'est le prix d'aujourd'hui qui monte."
Cette idée — qu'un actif qui performe bien continue souvent à surperformer à court terme — s'appelle le momentum. Et elle contredit l'intuition de la plupart des débutants, qui cherchent instinctivement les "bonnes affaires" : acheter ce qui a baissé en espérant un rebond.
Problème : les données ne confirment pas vraiment cette intuition. Depuis les années 1990, des chercheurs ont accumulé des preuves solides que le momentum est l'une des anomalies les plus persistantes et robustes des marchés financiers.
Concrètement, une stratégie momentum consiste à sélectionner régulièrement les actifs qui ont le plus progressé sur une période donnée (typiquement 3 à 12 mois) et à vendre ou éviter ceux qui ont le plus reculé. Elle s'applique aux actions, aux ETF sectoriels, aux matières premières, aux devises.
Le fait historique : 100 ans de données, et ça tient
En 1993, les chercheurs Narasimhan Jegadeesh et Sheridan Titman publient une étude qui va faire date : en analysant les marchés américains de 1965 à 1989, ils montrent qu'acheter les actions gagnantes des 3-12 derniers mois et vendre les perdantes génère un excès de rendement d'environ 10 % par an.
Ce n'est pas un artefact statistique d'une époque particulière. Des études ultérieures ont étendu l'analyse aux marchés européens, asiatiques, aux matières premières, aux obligations. Même en remontant aux marchés boursiers britanniques du XIXe siècle, le signal momentum apparaît.
Aujourd'hui, le momentum est reconnu par l'académie comme l'un des facteurs de risque-rendement (on parle de "factor investing") aux côtés de la value, la qualité, la taille. Des centaines de milliards de dollars sont gérés via des stratégies qui intègrent ce signal.
L'anecdote : comment Cliff Asness a bâti 100 milliards sur ce principe
Clifford Asness est l'un des gérants de hedge fund les plus influents de sa génération. Ancien doctorant de Eugene Fama (le père de la finance moderne), il a fondé en 1998 la firme AQR Capital Management avec une conviction : les anomalies documentées par la recherche académique sont exploitables en conditions réelles.
Le momentum est au cœur de sa philosophie. AQR gère aujourd'hui plus de 100 milliards de dollars en appliquant, à grande échelle et avec discipline, des stratégies quantitatives basées sur ce facteur.
Sa carrière illustre une tension permanente : en 2009, lors de la reprise brutale des marchés après la crise, les stratégies momentum ont perdu entre 20 et 40 % en quelques semaines. Les clients ont paniqué. Asness a tenu bon. Les années suivantes ont effacé les pertes.
L'anecdote dit quelque chose d'essentiel : une stratégie peut être prouvée sur 100 ans de données et rester douloureuse à appliquer en réel. La connaissance ne suffit pas — il faut la discipline.
Le concept : pourquoi le momentum marche (et quand il échoue)
Deux grandes explications coexistent.
La première est comportementale. Les marchés ne sont pas parfaitement efficients. Les investisseurs sous-réagissent à une bonne nouvelle (par ancrage au prix passé), puis sur-réagissent progressivement (par FOMO). Ce retard crée une tendance temporaire que le momentum capte.
La seconde est liée au risque. Selon certains chercheurs, le momentum est une compensation pour porter un risque particulier : le risque de "momentum crash". Ces crashes surviennent précisément lors des retournements violents de marché (crise de 2009, mars 2020). Les actions qui avaient le plus monté peuvent se retrouver les plus vendues en urgence. Le rendement supérieur du momentum serait la récompense de ce risque caché.
Pratiquement, que faire avec ça ?
Pour un investisseur particulier, appliquer le momentum pur est complexe et coûteux en frais de transaction. Mais quelques principes restent accessibles :
- Ne pas acheter systématiquement ce qui a le plus baissé par réflexe "valeur". Une action en chute libre a peut-être une vraie raison de l'être.
- Favoriser des secteurs ou zones géographiques qui montrent une tendance récente positive, plutôt que de chercher à "attraper un couteau qui tombe".
- Des ETF factoriels momentum existent (MSCI Momentum, iShares Edge MSCI World Momentum, etc.) pour avoir une exposition passive à ce facteur.
Comme toujours chez Axone : comprendre le mécanisme avant d'investir. Le momentum n'est pas une promesse de rendement — c'est un signal statistique, avec ses propres risques. Le connaître vous évite de le subir sans le savoir.
La méthode Axone — Macro · Technique · Mindset — intègre la lecture des tendances de marché comme signal de confirmation, pas comme oracle absolu. La tendance est un outil parmi d'autres dans une analyse structurée.