La saisonnalité en bourse : peut-on vraiment profiter du 'Sell in May' ?
Auteur: Yan Chan, gérant de capital chez Axone Capital
· 3 min de lecture
Sell in May and go away" : mythe ou réalité statistique ? Ce que les données disent vraiment sur la saisonnalité des marchés.
Version audio : Écouter ce rapport (MP3), 3:04
Ici Axone Capital — comprends le système, pas juste le graphique. Et si les marchés avaient des saisons, comme la météo — des périodes plus favorables et d'autres à traverser sans trop bouger ?
"Sell in May and Go Away" : d'où vient ce proverbe ?
Cette expression a plusieurs siècles. Elle est née dans la City de Londres, où les aristocrates et les financiers quittaient la capitale chaque été pour leurs propriétés à la campagne — laissant les marchés sans acheteurs importants entre mai et octobre. Moins de participants, moins d'activité, performance plus faible.
Le monde a changé depuis. Les marchés tournent 24h/24 avec des algorithmes à haute fréquence. Et pourtant, curieusement, le phénomène persiste dans les données.
Ce que les statistiques disent vraiment
Des études sur le S&P 500 depuis 1945 montrent une tendance claire :
- La période novembre-avril affiche historiquement des performances moyennes d'environ +6 % à +7 %.
- La période mai-octobre affiche des performances moyennes autour de +2 % — voire légèrement négatives certaines décennies.
Ce n'est pas une loi absolue, mais c'est une anomalie statistiquement documentée. Les chercheurs en finance — notamment l'étude publiée dans le *Journal of Financial Economics* par Bouman et Jacobsen en 2002 — ont confirmé cette saisonnalité dans 36 pays différents sur des périodes longues.
Pourquoi persiste-t-elle si tout le monde la connaît ? C'est une excellente question. En finance comportementale, certaines anomalies survivent précisément parce qu'elles sont trop coûteuses à exploiter parfaitement — frais de transaction, écart de rendement variable d'une année sur l'autre, et surtout le risque de sortir du marché l'été d'un grand rallye.
L'anecdote : l'été où tout le monde avait vendu... et raté la hausse
En 2020, après le krach de mars, beaucoup d'investisseurs nerveux avaient allégé leurs positions dès avril-mai, anticipant une deuxième vague. En suivant naïvement le proverbe, ils ont raté l'un des étés les plus haussiers de l'histoire récente : le S&P 500 a gagné plus de 15 % entre mai et août 2020, porté par les valeurs technologiques et les plans de relance massifs.
C'est l'illustration parfaite du problème avec les règles mécaniques : elles ne fonctionnent qu'en moyenne, pas à chaque fois. Et un seul été raté peut suffire à détruire plusieurs années de surperformance supposée.
Ce que la méthode Axone retient
La saisonnalité est un signal utile parmi d'autres — pas une règle de trading à suivre les yeux fermés. Elle peut t'inviter à :
- Être plus prudent en mai-octobre si tu as des gains latents à protéger, et à privilégier des actifs défensifs ou du cash dans cette fenêtre.
- Renforcer tes positions en novembre, si le contexte macro le permet, pour profiter de la dynamique historiquement favorable de fin d'année.
- Ne jamais en faire une règle absolue : en 2021, 2023, et 2024, les marchés ont bien performé tout l'été, ignorant le proverbe.
La vraie leçon derrière la saisonnalité n'est pas "vends en mai". C'est : les marchés ne sont pas parfaitement aléatoires. Il existe des biais temporels, des effets de calendrier, des comportements de foule liés aux saisons. Les connaître permet de ne pas être surpris — et parfois d'en profiter à la marge.
Le contexte macro prime toujours sur le calendrier. Mais connaître les saisons, c'est déjà un avantage sur ceux qui n'en ont jamais entendu parler.
Comprends le système. Et à bientôt sur Axone Capital.