La saisonnalité en bourse : 'Sell in May' est-ce vraiment vrai ?
Auteur: Yan Chan, gérant de capital chez Axone Capital
· 3 min de lecture
Il y a un dicton que les traders répètent depuis des siècles — et les données sont plus nuancées qu'il n'y paraît.
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Ici Axone Capital — comprends le système, pas juste le graphique. Il existe un dicton boursier vieux de plusieurs siècles que des gérants milliardaires et des particuliers répètent encore chaque printemps — mais rares sont ceux qui ont vraiment vérifié si ça marchait.
La leçon : quand la tradition rencontre les données
"Sell in May and Go Away, but remember to come back in September." Ce dicton est l'un des plus anciens de la finance anglo-saxonne. Sa version complète est : vendez en mai, partez en vacances, et revenez en novembre.
L'idée est simple : les marchés boursiers auraient tendance à mieux performer entre novembre et avril qu'entre mai et octobre. Pendant les six mois d'été, les volumes baissent, les gérants sont en vacances, les grandes décisions sont reportées. Résultat : une période statistiquement moins favorable pour les actions.
Et les statistiques, justement ? Elles sont réelles. Sur le S&P 500, si l'on examine les données depuis 1950, la période novembre-avril a effectivement généré des rendements supérieurs à la période mai-octobre. En moyenne, la période "hiver" rapporte environ +7 % contre +2 % à +3 % pour la période "été". L'effet existe.
Mais voilà ce que les partisans du dicton oublient de mentionner : certaines des meilleures années du marché se produisent précisément pendant l'été. 2020 : le rebond historique post-Covid démarre en avril et s'emballe jusqu'en août. 2009 : le rebond après la crise financière a lieu entre mars et septembre. 2023 : le rallye de l'IA propulse les marchés de juin à octobre.
Ceux qui avaient vendu en mai dans ces années-là ont raté les gains les plus importants du cycle. Ce qui nous amène à la vraie question : est-ce qu'une règle mécanique basée sur le calendrier peut battre une stratégie de bon sens ?
La réponse des professionnels est claire : non. Les coûts de transaction, les impôts sur les plus-values, et le risque de rater les journées de rebond les plus violentes (qui tombent souvent hors saison) effacent le bénéfice statistique du "Sell in May".
L'anecdote : les aristocrates de la City qui sont partis à la chasse
L'origine du dicton est plus savoureuse que son application moderne. Au XVIIIe siècle, la City de Londres était dominée par les banquiers, nobles et marchands fortunés qui avaient coutume de quitter Londres dès les premiers beaux jours pour rejoindre leurs domaines à la campagne — pour la saison de chasse et les fêtes estivales. Les bureaux se vidaient de leurs cerveaux les plus actifs.
La liquidité des marchés baissait mécaniquement. Les prix étaient plus erratiques, les volumes insuffisants pour absorber les ordres sans impact sur les cours. Les petits investisseurs qui restaient en ville constataient que les mois d'été étaient effectivement moins rentables — non par malédiction calendaire, mais par simple absence de capitaux institutionnels.
Le dicton est donc né d'une réalité sociologique propre à l'aristocratie britannique du XVIIIe siècle, que l'on a ensuite transformée en règle d'investissement universelle applicable aux marchés mondiaux du XXIe siècle. C'est exactement le genre de raisonnement par analogie qui piège les investisseurs non formés.
Ce que la méthode Axone retient
La saisonnalité boursière est réelle en tant que phénomène statistique. Mais une statistique historique n'est pas une prédiction. Les marchés ne suivent pas le calendrier — ils suivent les flux de capitaux, les publications économiques, les décisions des banques centrales, et les surprises géopolitiques. Ces forces n'ont pas de saison.
Le piège de la saisonnalité, comme celui de tous les biais calendaires (le "January Effect", le "Santa Claus Rally"), c'est de donner l'illusion d'un système simple dans un univers qui ne l'est pas. Un investisseur qui vend chaque mai et rachète chaque novembre applique une règle mécanique à la place d'une analyse.
La discipline, ce n'est pas suivre des règles pour éviter de penser. C'est construire une thèse, la tester, et savoir quand elle ne s'applique plus.
Chez Axone, on préfère comprendre pourquoi un phénomène existe plutôt que de le suivre aveuglément. Parce que les marchés n'ont pas de saison — mais les croyances collectives, elles, en ont une. Et c'est souvent là que se trouvent les opportunités pour ceux qui savent regarder.