Stock picking vs ETF : lequel rapporte vraiment sur le long terme ?
Auteur: Yan Chan, gérant de capital chez Axone Capital
· 6 min de lecture
Choisir ses propres actions ou suivre l'indice ? La réponse de la recherche académique est tranchée — mais elle est contre-intuitive pour la plupart des investisseurs.
L'analyse : la guerre de cent ans entre les gérants actifs et les indices
Depuis que les fonds indiciels existent, le même débat revient en boucle : vaut-il mieux choisir soi-même ses actions — le stock picking — ou simplement acheter un ETF qui suit l'ensemble du marché ?
La question n'est pas innocente. Elle touche à des ego de professionnels, à des milliards de frais de gestion, et à une conviction très humaine : celle que l'intelligence et le travail peuvent battre la moyenne.
Commençons par les chiffres, pas les opinions.
Ce que SPIVA révèle chaque année
Le SPIVA Scorecard (S&P Indices Versus Active) est l'étude de référence publiée deux fois par an par S&P Global. Elle compare la performance des fonds gérés activement à celle de l'indice de référence correspondant, après frais.
Le résultat est constant depuis 20 ans :
- Sur un an, environ 55 à 60 % des fonds actifs sous-performent leur indice.
- Sur cinq ans, la proportion monte à 75-80 %.
- Sur quinze ans, plus de 90 % des fonds actifs font moins bien que l'indice.
Ces chiffres ne concernent pas les particuliers qui choisissent quelques actions depuis leur canapé. Ils concernent des professionnels payés à temps plein, dotés d'équipes d'analystes, de modèles sophistiqués et d'accès privilegié à l'information.
L'anecdote : le pari de Buffett contre les hedge funds
En 2007, Warren Buffett a lancé un pari d'un million de dollars. Il affirmait qu'un simple fonds indiciel sur le S&P 500 ferait mieux que n'importe quelle sélection de hedge funds sur dix ans.
Un seul gestionnaire releva le défi : Ted Seides, cofondateur de Protégé Partners. Il choisit cinq fonds de fonds (des fonds qui investissent dans d'autres hedge funds), censés représenter l'élite mondiale de la gestion active.
Résultat en 2017 : le S&P 500 avait progressé de +125,8 %. La sélection de Seides : +36,3 % en moyenne. Avec des frais annuels de 2 % plus 20 % des gains, les gestionnaires avaient avalé la majeure partie de la performance.
Buffett a consacré les gains au Girls Inc. of Omaha. Et Seides, il faut lui rendre crédit, a reconnu publiquement sa défaite bien avant la fin.
La leçon n'est pas que les gérants actifs sont incompétents. C'est que les frais, cumulés sur dix ans, écrasent même un talent réel.
Le fait historique : la naissance de Vanguard et l'idée moquée
En 1975, John Bogle lance le premier fonds indiciel accessible aux particuliers chez Vanguard. L'idée est alors considérée comme absurde par Wall Street.
Les journaux financiers le surnomment « Bogle's Folly » — la folie de Bogle. Comment peut-on se contenter de la moyenne ? L'objectif d'un investisseur, pense-t-on alors, c'est de battre le marché, pas de le suivre.
Cinquante ans plus tard, Vanguard gère plus de 10 000 milliards de dollars d'actifs. Les ETF indiciels représentent aujourd'hui plus de la moitié du marché des fonds aux États-Unis. Et le SPIVA confirme année après année que Bogle avait raison.
Le concept : pourquoi battre le marché est structurellement difficile
Ce n'est pas seulement une question de talent. C'est une question de mathématiques.
Le marché, c'est la somme de tous les participants. Si vous achetez Apple au-dessus du prix juste, quelqu'un d'autre vous la vend exactement à ce prix — et cet autre participe considère que la vente est le bon choix. Pour que vous gagniez, il faut que vous soyez plus souvent dans le vrai que cet autre.
Or, de plus en plus, cet "autre" est une institution professionnelle, un fonds quantitatif, ou un algorithme entraîné sur des décennies de données. La compétition s'est durcie.
Ajoutez à cela les frais (0,05 % pour un ETF S&P 500 vs 1 à 2 % pour un fonds actif), la fiscalité des arbitrages (chaque vente déclenche une imposition), et le coût cognitif de suivre des dizaines de dossiers en permanence — et l'avantage de la gestion active doit être massif pour justifier ces frais.
Quand le stock picking peut avoir du sens
Ce serait mentir que de dire que personne ne bat jamais le marché. Quelques investisseurs y parviennent sur le long terme — Buffett lui-même, Peter Lynch, ou d'autres moins connus. Mais les études montrent que même les meilleurs gérants alternent périodes de sur- et sous-performance, et qu'il est impossible de les identifier à l'avance.
Le stock picking peut avoir du sens dans deux situations spécifiques :
- Vous investissez dans ce que vous comprenez vraiment — une industrie que vous connaissez de l'intérieur, une entreprise que vous pouvez analyser en profondeur.
- Vous avez un edge informationnel ou analytique — et surtout, vous savez mesurer votre performance honnêtement, frais et fiscalité inclus.
Pour la grande majorité des épargnants, la meilleure stratégie reste un mix : une base ETF qui suit l'économie mondiale à frais bas, complétée éventuellement par une petite portion de dossiers individuels si vous avez le temps, les compétences et la conviction.
La leçon Axone
La méthode Axone ne vous dira jamais "achetez uniquement des ETF" ou "le stock picking c'est nul". Ce serait trop simple. Ce qu'elle vous dira, c'est : mesurez-vous correctement.
Chaque trimestre, comparez votre performance, frais inclus, à celle du MSCI World ou du S&P 500. Si vous faites moins bien sur 3, 5 et 10 ans — et c'est statistiquement probable — posez-vous la question honnêtement.
La vraie question n'est pas "suis-je capable de battre le marché ?" mais "est-ce que l'effort que je mets dans le stock picking rapporte plus que si je faisais simplement autre chose de mon temps ?"
Le marché rémunère la patience et la diversification. Les frais érodent tout le reste.
Questions fréquentes
Un ETF peut-il perdre beaucoup de valeur ?
Oui. Un ETF qui suit le S&P 500 a perdu -38 % en 2008 et -34 % en mars 2020. La gestion passive ne protège pas des corrections de marché — elle vous expose à elles pleinement. La différence, c'est que vous ne payez pas de frais élevés pour subir cette volatilité.
Le stock picking est-il réservé aux experts ?
Non, mais il exige du temps, de la rigueur et une mesure honnête de la performance. Beaucoup de particuliers surestiment leurs résultats en oubliant les biais de survivant (on se souvient des gains, pas des pertes) et en ne comptant pas les frais de transaction.
Peut-on combiner ETF et stock picking ?
Absolument. Le portefeuille "core-satellite" consiste à mettre l'essentiel (70-90 %) en ETF indiciels et à réserver une petite partie à des convictions personnelles. Cela limite les dégâts si le stock picking ne performe pas, tout en vous laissant l'expérience d'investir dans des entreprises que vous choisissez.