Couper ses gains, laisser courir ses pertes : pourquoi ce réflexe ruine les investisseurs ?

Auteur: Yanis, gérant de capital chez Axone Capital

2026-06-10 · 4 min de lecture

L'effet de disposition pousse les investisseurs à faire exactement l'inverse de ce qu'ils devraient — et la science explique pourquoi.

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Ici Axone Capital — comprends le système, pas juste le graphique. Il y a un réflexe que presque tous les investisseurs partagent, et ce réflexe est presque toujours destructeur.

Le paradoxe qui coûte cher

Imagine que tu as deux positions dans ton portefeuille. La première est en gain de 15 %. La seconde est en perte de 15 %. Maintenant, tu as besoin de liquidités — tu dois en vendre une.

Laquelle choisis-tu ?

La quasi-totalité des gens — des débutants comme des professionnels — vendent la gagnante. Et gardent la perdante. En espérant qu'elle va "remonter".

Ce comportement a un nom en finance comportementale : l'effet de disposition. Il a été documenté pour la première fois en 1985 par les chercheurs Hersh Shefrin et Meir Statman. Et depuis, des dizaines d'études ont confirmé la même chose : c'est l'un des biais les plus universels et les plus coûteux qui existent dans l'investissement.

La logique de surface semble solide. On se dit : "je sécurise mon gain avant qu'il ne disparaisse" et "la position perdante va bien finir par remonter, il suffit d'attendre". Sauf que cette logique repose sur une erreur fondamentale.

L'anecdote : le trader qui ne voulait pas "réaliser" sa perte

Dans les années 2000, un gérant de fonds britannique — dont le nom est resté anonyme dans la littérature académique — avait accumulé une position perdante sur une action de télécom. La position avait perdu 40 % de sa valeur. Chaque mois, il refusait de la couper, répétant à ses collègues : "c'est une perte latente, pas réelle".

Il avait raison sur la forme. Une perte non réalisée n'est pas "comptabilisée" dans les résultats du fonds. Mais pendant ce temps, les autres positions — les gagnantes — avaient été vendues trop tôt pour "sécuriser les gains". Résultat : le portefeuille se retrouva concentré sur les perdants, allégé sur les gagnants. Le contraire exact d'une stratégie saine.

Le fonds ferma deux ans plus tard.

Cette histoire illustre ce que Shefrin et Statman avaient compris : le problème n'est pas l'ignorance, c'est la psychologie. Le gérant *savait* ce qu'il aurait dû faire. Mais il ne le faisait pas. Parce que vendre une perdante, c'est *admettre* qu'on avait tort. Et ça, le cerveau humain le vit comme une douleur réelle.

Pourquoi le cerveau fait ça

La racine de l'effet de disposition vient d'un principe découvert par Daniel Kahneman et Amos Tversky dans les années 1970 : l'aversion à la perte. Perdre 100 euros fait psychologiquement deux fois plus mal que gagner 100 euros fait plaisir. La douleur d'une perte n'est pas symétrique au plaisir d'un gain.

Conséquence directe : on *évite* à tout prix de rendre une perte "réelle" en la vendant. Tant que la position est ouverte, il reste une chance de récupérer. Dès qu'on vend, la perte devient définitive — et la douleur, inévitable.

À l'inverse, les gains créent une forme d'anxiété : "et si ça redescend ?" L'instinct est de sécuriser, de "prendre la caisse" avant que le bonheur ne disparaisse.

Le résultat de ces deux réflexes combinés : un portefeuille qui coupe les fleurs et arrose les mauvaises herbes.

Ce que les marchés font à ceux qui gardent leurs perdants

Les données sont sans appel. Des études sur des millions de transactions de particuliers montrent que les positions gagnantes vendues continuent, en moyenne, à progresser dans les mois suivants. Et les positions perdantes conservées continuent, en moyenne, à baisser.

Autrement dit, l'intuition est inversée. Les gagnants *méritaient* d'être gardés. Les perdants *méritaient* d'être coupés.

La clé : décider la sortie avant d'entrer

La seule façon connue de contourner ce biais n'est pas de "se concentrer davantage" ni d'"être plus rationnel". C'est de décider avant.

Avant d'entrer dans une position, deux questions : à quel signal je coupe ma perte ? à quel niveau je prends une partie de mes gains ? Ces décisions, prises à froid, sans l'émotion d'une position ouverte, sont infiniment meilleures que celles prises en temps réel.

C'est une discipline. Et comme toutes les disciplines, elle se construit avec une méthode.


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Rapport publié sur Axone Capital — gestion de capital, analyse macro et trading par Yanis.